A quand la fin du perchloréthylène dans les pressings?

Le 16 février 2012 par Geneviève De Lacour
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Le Réseau environnement santé (RES), avec Générations futures, a organisé une conférence de presse aujourd’hui 16 février pour alerter sur les effets du perchloréthylène sur la santé des employés et des riverains de pressings. Ils demandent à l’Etat français d’interdire progressivement l’utilisation de la molécule et de substituer ce solvant très puissant, un cancérigène probable (2A) selon l’organisation mondiale de la santé (OMS)  par un produit moins nocif.

«Le perchloréthylène n’a pas sa place en ville». Frédéric Bernard, en est convaincu. Le fils de José-Anne Bernard est sûr également que ce sont les émanations du solvant du pressing situé sous l’appartement de sa mère qui sont à l’origine du décès de la femme à Nice en décembre 2009. Son appartement était envahi constamment par des vapeurs de perchloréthylène provenant de la ventilation du pressing installée à 3 mètres de ses fenêtres.  Souffrant de nausées, de céphalées, de problèmes respiratoires et musculaires, José-Anne Bernard a envoyé de nombreux courriers d’alerte à l’administration. Mais ce n’est qu’en septembre 2011, et donc bien après son décès que l’exploitant du pressing a été mis en examen pour homicide involontaire. Le corps autopsié de la femme a révélé une imprégnation par du perchloréthylène des tissus graisseux, du foie, du sang, etc…

Alors que toute nouvelle installation de pressings utilisant ce solvant est interdite au Danemark depuis 2003 et depuis 2006 aux Etats-Unis, en France l’agence de sécurité sanitaire (Anses) a proposé une valeur guide de qualité d’air intérieur de 250 µg/m3 pour une exposition supérieure à un an et de 1.380µg/m3 dans le cas d’une exposition de 1 à 14 jours. L’agence américaine de protection de l’environnement (US EPA), quant à elle, a publié le 10 février dernier une  norme de 40 µg/m3. «Nous demandons un abaissement du seuil d’exposition à 40 µg/m3 (seuil américain) en attendant que la molécule soit substituée » explique André Cicolella, porte-parole de RES qui estime que les preuves du caractère cancérigène du solvant ont été apportées depuis des décennies. Le produit devrait d’ailleurs être totalement retiré du marché américain d’ici 2020.

La France compte environ 5.000 pressings dont 90% utilisent du perchloréthylène. 25.000 personnes travaillent dans ces installations classées soumises à déclaration. Chaque année un million de litres, soit 8.200 tonnes de « perchlo » sont consommés. Et «les employés des pressings sont encore plus exposés que les riverains» affirme André Cicolella. Un rapport du ministère de l’écologie datant de 2008 montre que sur 275 pressings inspectés, 189 sont non conformes en termes de rejets dans l’air et l’eau.  D’ailleurs l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) estime, dans un avis publié le 10 mai 2011, qu’en l’état actuel des investigations, il n’est pas possible d’affirmer que les «dispositions  encadrant les installations de nettoyage à sec utilisant du perchloréthylène sont suffisantes pour garantir des concentrations inférieures à la valeur guide long terme» dans les locaux riverains des pressings. Il faut dire que le charbon actif des centrales d’absorption n’absorbe que 10% de la molécule.

Certaines régions sensibilisées par le problème, comme la région Rhône-Alpes et bientôt la Picardie, ont décidé de prendre les devants et d’inciter les pressings à abandonner le « perchlo » pour des solvants moins toxiques comme le siloxane ou utilisant des détergents biodégradables additionnés à de l’eau (aquanettoyage). Les procédés les plus utilisés actuellement étant les technologies à base d’hydrocarbure, ceux  utilisant les siloxanes et enfin l’aquanettoyage.

Mais les porte-paroles des deux associations estiment, même s’ils reconnaissent que l’initiative est très positive, que les régions n’ont pas à se substituer à l’Etat. Générations futures qui a décidé de se constituer parte civile dans le procès de José-Anne Bernard a également déposé plainte pour  carence fautive de l’Etat.



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