A Nice, le loup ira-t-il au ciné?

Le 02 mars 2016 par Romain Loury
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A l'affiche le 9 mars
A l'affiche le 9 mars

Après les tirs de défense et de prélèvement, des tirs de déprogrammation? Le documentaire «La gueule du loup», dont la sortie nationale est prévue le 9 mars, aurait vu sa diffusion annulée dans un cinéma niçois, indique sa société de production. Le conseil départemental des Alpes-Maritimes, qui en est le propriétaire, a d’abord confirmé la déprogrammation, avant de rétropédaler.

Diffusé dans une dizaine de salles françaises et à l’occasion d’une tournée de projections-débats, ce film donne la parole aussi bien aux éleveurs qu’aux pro-loup. Dans une interview accordée au Dauphiné Libéré, son réalisateur Jérôme Ségur se montre lui-même partagé: «La raison me dit que le loup, c’est la nature sauvage qu’il faut préserver; le cœur m’attache à la souffrance des éleveurs, je ne parviens pas à choisir. Je laisse la liberté de le faire au spectateur», déclare-t-il.

Déjà diffusé à l’automne dans des zones de tension entre pro-loups et anti-loups, le documentaire «reçoit un bon accueil dans les deux camps, que ce soit du côté des défenseurs du prédateur ou du côté des éleveurs et d'associations comme ‘Eleveurs et Montagnes’», explique Zed, sa société de production-distribution.

«La gueule du loup» doit notamment être à l’affiche du Mercury, cinéma niçois d’art et d’essai, à compter du 9 mars, avec une diffusion en avant-première le 6 mars. Or Zed a appris fin février sa déprogrammation, sans explication. Selon la société, la décision a été prise par le conseil départemental des Alpes-Maritimes, propriétaire depuis septembre 2007 du Mercury –un rachat qui a sauvé le cinéma de la fermeture.

14 loups abattus dans les Alpes-Maritimes

Ce département, à forte activité d’élevage et où le loup est bien implanté, est un haut-lieu du débat sur le retour du canidé. C’est aussi dans les Alpes-Maritimes que les tirs de loups, accordés sur arrêté préfectoral dans la limite d’un plafond national, sont les plus nombreux: 14 loups y ont été abattus entre le 13 septembre et le 20 décembre 2015, sur un total de 34 en France.

«On ne comprend pas tellement cette décision: ce film ne prend pas position, il donne la parole aux deux côtés», regrette Martine Scoupe, directrice de la distribution cinéma chez Zed, contactée par le JDLE. Elle indique avoir écrit au président du conseil départemental, Eric Ciotti (Les Républicains), sans réponse à ce jour.

Contacté par le JDLE, le directeur du Mercury, qui avait choisi de diffuser le film et à qui le conseil départemental a notifié la décision, n’a pas donné suite aux demandes d’entretien.

«Je trouve grave que des exploitants de cinéma appartenant à des municipalités ou de conseils départementaux perdent leur indépendance de programmation. C’est grave ce qui se passe dans la culture, on l’a récemment vu avec ‘Salafistes’: il y a de la frilosité, de la censure», juge Martine Scoupe.

Troubles à l’ordre public?

Selon elle, l’hypothèse la plus probable de ce retrait est la crainte de troubles à l’ordre public: «C’est bien sûr un sujet assez chaud dans cette région, il y a eu un débat houleux lors d’une diffusion à Barcelonnette [Alpes de Haute-Provence], mais rien de spectaculaire». Au final, «pro et anti-loup ont pu dialoguer, grâce à ce film qui donne la parole à chacun avec sincérité et est un appel au vivre ensemble», juge Zed.

Autre possibilité, le film montre le député des Alpes-Maritimes Charles-Ange Ginésy (Les Républicains), président du parc national du Mercantour depuis novembre 2015 mais très opposé au loup, vivement interpelé par un éleveur. Des images qui, peut-être, n’ont pas été jugées très politiquement correctes dans une ville, un département et une région gérés par Les Républicains.

Contacté par le JDLE, le conseil départemental des Alpes-Maritimes justifie son choix, purement artistique: «Le cinéma Mercury n’a pas le format pour ce type de documentaire, il diffuse des films d’auteur qui ne sont plus diffusés dans des cinémas traditionnels». Le cinéma a aussi ses espèces protégées.

Coup de théâtre mercredi en fin d’après-midi. Rappelant le JDLE, les services du conseil départemental évoquent un malentendu: «Il n’est pas question que [«La gueule du loup»] ne soit pas diffusé, il sortira bien le 9 mars comme partout en France». Le loup a donc (un peu) sauvé sa peau au Mercury… sauf pour l’avant-première du 6 mars, annulée pour «des raisons d’ordre interne, organisationnelles».



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