A Lyon, les collectivités lancent leur appel climatique

Le 02 juillet 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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En montrant leur volontarisme, les représentants des collectivités territoriales du monde entier demandent aux Etats plus de moyens et d’autonomie d’action. Un message qui passe mal dans les capitales.

Penser global, agir local. Jamais la vieille antienne des écologistes n’aura semblé plus actuelle qu’à l’issue du sommet mondial Climat & Territoires, qui s’est achevé jeudi 2 juillet. Deux jours durant, près de 800 «acteurs non étatiques» (élus locaux, syndicalistes, associatifs, chercheurs, entrepreneurs) ont débattu des meilleurs moyens pour faire percoler, à l’échelon territorial, les politiques globales d’atténuation et d’adaptation aux conséquences des changements climatiques.

 

Flécher les financements classiques

Ces discussions ont souvent porté sur les mécanismes permettant de flécher les financements classiques («car l’argent ne manque pas», rappelle Mathieu Ruillet, délégué général du Geres[1]) vers des projets locaux, pas toujours «banquables». L’une des initiatives les plus remarquées aura sans doute été le projet de fonds Climat local concocté par l’institut Veblen, pour le compte du conseil régional d’Ile-de-France. «Son principe est de drainer vers de petites collectivités des financements auxquels n’ont accès, jusqu’à présent, que de grandes métropoles», résume Benoît Faucheux, de l’institut Veblen. L’architecture et le fonctionnement du fonds francilien devraient être présentés en ouverture de la COP 21.

 

De l’importance de l’éducation

De nombreux ateliers ont synthétisé les propositions, dans des domaines aussi divers que l’énergie, l’agriculture, la mobilité, l’éducation et les… financements, bien sûr. Avec des propositions très variées. Delphine Blumereau, de l’association CliMates milite pour le développement des programmes d’éducation au développement durable, avec les lignes de budget qui vont avec. Plus global, Mareike Britten, coordinatrice du Climate Action Network, appelle à la décarbonisation de l’économie à l’horizon 2050, notamment en développant les énergies renouvelables et en changeant les mentalités. «D’où l’importance de l’éducation», souligne-t-elle.

 

Transports, eaux et forêts

Cinq mois avant la COP 21, certains congressistes ont proposé d’enrichir le texte de négociation. Michel Dubromel demande ainsi que les transports soient une partie importante des contributions nationales (INDC). «Sans prise en compte des transports, nous ne réussirons pas à stabiliser le réchauffement sous la barre des 2°C», affirme le vice-président de France Nature Environnement.

Conséquence de la canicule, l’eau n’a pas été oubliée. «Concentrons-nous sur l’accès à l’eau, qui est à la source de tout», a tonné Gino Van Begin, secrétaire général de l’ICLEI. A moins que ça ne soit la forêt: «L’accord de Paris devra garantir la protection des forêts et son financement », exige Samantha Smith, responsable des questions climatiques au WWF International.

Actualité oblige, l’insécurité est devenu un argument en faveur de la décarbonisation. «Parce qu’il a perdu son agriculture à la suite des épisodes de sécheresse, le Sahel est devenu une zone de non-droit contrôlée par les trafiquants de stupéfiants», se lamente Mohamed Ibrahim, président de la région de Tombouctou.

 

Revisiter les politiques locales

Nombre de responsables locaux ont profité de la tribune lyonnaise pour réclamer un transfert de compétences et de flux financiers, soutenus parfois par les entrepreneurs. «Avec 70% de la population et des émissions, la bataille du climat se gagnera ou se perdra dans les villes», veut croire Antoine Frérot. Et le PDG du groupe Veolia de proposer qu’une future forte taxation des émissions de carbone soit redistribuée (suivez mon regard) «à ceux qui dépolluent».

Dans leur déclaration finale, les congressistes rappellent que la lutte contre le réchauffement, au niveau local, permet de revisiter toutes les politiques publiques. Il permet ainsi «de répondre aux autres grands défis de ce siècle et réciproquement: lutte contre la pauvreté, accès à l’énergie durable, à l’eau et aux autres ressources, développement urbain durable, aménagement des territoires ruraux, souveraineté alimentaire, santé des populations, égalité homme-femme, travail décent et droits des travailleurs, […], protection des forêts et de la biodiversité, préservation des ressources naturelles...» En conséquence, les acteurs non étatiques veulent que leurs efforts soient officiellement pris en compte: «La COP 21 devra ainsi reconnaitre la nécessité de cette approche territoriale».

Logiquement, institutions locales et collectivités demandent la mobilisation de nouveaux moyens financiers de l’Etat et des banques, mais aussi un accès direct aux mécanismes de financement internationaux, à l’instar du fonds vert pour le climat.

 

Hors l’Etat point de salut

La réponse n’a pas tardé. En duplex de Vienne, où se poursuivent les négociations sur le nucléaire iranien, le ministre français des affaires étrangères a recadré les demandes des congressistes lyonnais. Sensible à l’exigence de considération, Laurent Fabius rappelle que le pays-hôte de la COP 21 rassemblera les engagements et les initiatives concrètes de tous les acteurs non étatiques en faveur du climat: «C’est ce que nous appelons l’agenda des solutions», souligne-t-il. Niet, en revanche, aux demandes d’un renforcement de l’autonomie d’action des gouvernements locaux: «Soyons clairs, si l’action des collectivités locales pour la planète est indispensable, elle ne se substitue pas à l’action des Etats». Dans l’hémicycle du conseil régional de Rhône-Alpes, certains rappellent que sans les gouverneurs de Californie et d’une dizaine d’Etats du nord-est, nul marché du carbone n’existerait aux Etats-Unis.



 



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