A Lacq, les effluents hautement toxiques de Sanofi

Le 09 juillet 2018 par Romain Loury
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Lacq, un ancien site gazier
Lacq, un ancien site gazier

Située sur le site de Lacq (Pyrénées-Atlantiques), une usine du laboratoire pharmaceutique Sanofi aurait explosé les valeurs limite d’émission de plusieurs polluants cancérigènes et reprotoxiques. France Nature Environnement et la Sepanso vont porter plainte.

Révélée par France Info et Mediapart, l’affaire fait déjà du bruit. D’autant que cette usine, située à Mourenx sur le site de Lacq (ex-plus grand site gazier de France), est celle qui fabrique le valproate, médicament antiépileptique qui aurait entraîné entre 16.600 et 30.400 cas de troubles du développement (malformations congénitales, troubles cognitifs, autisme, etc.) chez des enfants exposés in utero au cours des dernières décennies.

L’usine dispose pourtant de trois tours d’abattement, censées traiter ses émissions. Or une seule d’entre elles faisait l’objet d’une surveillance des teneurs en polluants. Ce n’est qu’après avoir équipé les deux autres tours, sur injonction de la Dreal[i], que le problème est apparu.

Un cancérigène à haute dose

Le bromopropane, solvant chimique au potentiel cancérigène, mutagène et reprotoxique, y atteignait, en octobre 2017, un taux de 180.000 mg/m3 dans les effluents gazeux, de 380.000 mg/m3 en mars dernier.

Or selon un arrêté préfectoral de 2009, les effluents gazeux de l’usine ne doivent pas dépasser une teneur de bromopropane de 2 mg/m3. Celles mesurées en octobre étaient donc 190.000 fois au-dessus!

Eviter la fermeture administrative?

Outre ces dépassements astronomiques, Sanofi aurait attendu six mois avant d’informer la Dreal, alors qu’il aurait dû le faire immédiatement, avancent la Sepanso 64 et France Nature Environnement.

«L’entreprise a pris le temps de s’organiser pour présenter des solutions d’abattage de ces polluants et donc éviter la fermeture administrative du site. Pourtant, ces solutions ne permettent pas d’atteindre les limites déjà fixées et le temps qu’elles soient mises en place, les salariés et les riverains continueront de respirer un cocktail toxique», expliquent les associations.

Pas de surexposition, selon Sanofi

Sanofi, qui reconnaît ces dépassements, indique dans un communiqué avoir «diligenté une étude d’impact sanitaire auprès d’un organisme indépendant qui a conclu que les populations ne sont pas exposées à des niveaux supérieurs aux seuils fixés par la réglementation française». Contacté par le JDLE, le laboratoire n’a pas souhaité préciser l’identité de l’organisme chargé de cette étude.

«Un plan d’actions a immédiatement été engagé par le site qui a mis en place une unité de collecte et de traitement des rejets afin de les réduire significativement. Cette unité est en cours de démarrage», ajoute Sanofi.

Un comité de suivi du site se tiendra mercredi 11 juillet en présence de représentants de Sanofi, de la Dreal et des associations. Contactée par le JDLE, Solène Demonet, en charge des risques industriels chez FNE, indique qu’une plainte contre le laboratoire est en cours de rédaction.

En réaction à la polémique, Sanofi a annoncé, dans un communiqué publié lundi 9 juillet en début de soirée, qu'il décidait «dès aujourd’hui d’arrêter la production sur le site de Mourenx», et «d’opérer les améliorations techniques annoncées et indispensables à un retour à la normale». Le laboratoire «a diligenté une enquête pour mieux comprendre les causes et l’historique de la situation», ajoute-t-il.

 


[i] Dreal: direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement

 



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