A La Réunion, le chantier de la route littorale cherche ses roches

Le 17 avril 2020 par Stéphanie Senet
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Les roches manquent pour terminer ce chantier pharaonique
Les roches manquent pour terminer ce chantier pharaonique
VLDT

Le chantier de la nouvelle route littorale (NRL) insulaire reste bloqué, faute de matériaux. Dans un arrêt rendu public le 14 avril, le Conseil d’Etat a en effet refusé d’annuler la suspension de l’exploitation de la carrière de Saint-Leu.

Les pelleteuses ne sont pas prêtes de redémarrer. Telle est la conséquence de l’arrêt qui confirme la suspension de l’exploitation de la carrière de «Bois-Blanc» à Saint-Leu, prononcée en avril 2019 par le juge des référés et renvoie au tribunal administratif insulaire le soin de juger l’affaire sur le fond. Le Conseil d’Etat avait été saisi par le ministère de l’agriculture, le conseil régional de La Réunion et la société de concassage et de préfabrication de La Réunion. Les roches de Saint-Leu devaient permettre de poursuivre la construction de la nouvelle route du littoral, et en particulier à enrocher la digue. Pour mémoire, ce projet pharaonique, qui vise à relier Saint-Denis de La Possession, doit remplacer l’actuelle double-voie construite en 1963, menacée par les chutes de pierres et la montée des eaux.

Recherche roches désespérément

C’est donc par manque de matériaux que le projet prend l’eau, le chantier nécessitant encore 9 millions de tonnes de roches pour réaliser le dernier tronçon reliant La Grande Chaloupe et La Possession. La décision du Conseil d’Etat n’a rien d’une surprise. La plus haute juridiction administrative avait déjà confirmé, en juillet dernier, l’annulation du schéma départemental des carrières datant de 2014, dont faisait partie le site de Bois-blanc. Le conseil régional s’est toutefois voulu rassurant, affirmant qu’il n’y avait «à ce stade pas de suspension ni d’arrêt du chantier». Selon l’exécutif local, les travaux continueront grâce à des matériaux locaux, en privilégiant la récupération d’andains[1]. Une solution qui nécessite l’autorisation de la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Deal).

Un projet à la dérive

Composée de digues et d’un immense viaduc en mer, la nouvelle route du littoral est rapidement partie à la dérive. Dès l’origine, elle a été fortement critiquée pour son impact sur la biodiversité marine et terrestre ainsi que son exposition à la montée du niveau de la mer. Ce qui lui vaut une flanquée de recours administratifs contre la plupart des autorisations, dont les exploitations de carrières. Ensuite des dérapages financiers ont été relevés par la Cour des comptes. Le chantier, dont le coût actuel s’élève à 2 milliards d’euros, est par ailleurs visé par une enquête judiciaire du parquet national financier pour des soupçons de favoritisme.



[1] Alignement d’herbes, de foins ou de céréales