A la recherche du Peak Carbon

Le 31 mai 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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C'est le ralentissement de l'économie chinoise qui explique la baisse des émissions de CO2.
C'est le ralentissement de l'économie chinoise qui explique la baisse des émissions de CO2.
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Ce n’est pas parce que l’économie mondiale réduit ses émissions de CO2 qu’il faut déjà pavoiser.

Dans le monde de l’énergie, on est friand des pics. Le plus connu de ces sommets imaginaires qui, une fois atteints, annoncent le déclin d’une production est le peak oil, théorisé par le géophysicien Marion King Hubbert. L’universitaire américain annonça aussi un pic gazier qui aurait dû frapper les Etats-Unis dès 1970. Cela ne s’est pas vérifié. Aujourd’hui, scientifiques et politiques sont à la recherche d’un non moins mythique sommet, celui des émissions carbonées: le peak carbon.

Décorrélation entre production et émission?

Certains ont cru l’apercevoir l’an dernier. Au printemps 2015, Enerdata annonçait que les émissions de CO2 énergétiques n’avaient progressé en 2014 que de 0,9%, contre 3,4% pour la croissance économique. Durant les 10 années précédentes, les rythmes de progression de ces deux indicateurs étaient plus corrélés: 3,7%, en moyenne, pour la richesse mondiale et 2,3% pour les rejets carbonés. 2014 annonçait-elle la ‘décorrélation’ tant attendue entre production et émissions?

On serait tenté de le croire à lire les chiffres 2015, dévoilés ce mardi 31 mai par le cabinet d’études grenoblois. Certes, les économies des pays du G20[1] n’ont progressé, l’an passé, que de 2,8%, mais leur demande d’énergie est resté quasi stable (0,5%). Les émissions de CO2 accusant une très légère baisse, de l’ordre de 0,2%. Un effet pré-COP 21?

Doux hiver

Pas vraiment. En 2015, comme en 2014, les bons bilans énergétiques et carboniques mondiaux s’expliquent par des facteurs conjoncturels. «En 2014, l’Europe a notamment connu un hiver d’une grande douceur, qui a réduit les besoins de chauffage, la demande de combustibles et les émissions de CO2», rappelle Pascal Charriau, président d’Enerdata. L’an passé, c’est encore la conjoncture qui a amélioré le facteur carbone de l’économie mondiale.

La Chine a vu encore sa croissance économique ralentir (6%), réduisant à moins de 1% la croissance de son appétit en térawattheures. Avec la forte baisse des prix du gaz, les électriciens américains ont définitivement arrêté 15 gigawatts de vieilles centrales au charbon. La Russie et le Brésil se sont enfoncés dans la récession: leur PIB a reculé de plus de 3%. Des chiffres compensés par les performances de l’économie indienne: 7% de croissance, avec une consommation d’énergie et des rejets de CO2 qui bondissent de 6 à 7%. «La stagnation de la demande énergétique et des émissions mondiales de CO2 vient surtout de la faible croissance économique chinoise», confirme Pascal Charriau. Pas de pic carbone à l’horizon.

Un exercice de prospective suffit pour s’en convaincre. Atteindre les objectifs fixés par l’accord de Paris[2] suppose de plafonner la consommation d’énergie primaire à son niveau actuel et d’abattre de moitié les émissions mondiales de CO2 d’ici à 2040. Ce qui nécessite d’abaisser très fortement notre intensité énergétique et le facteur carbone (de 5 à 6% par an) de notre production d’énergie. Faute de quoi, le réchauffement climatique a encore de belles années devant lui. Et le pic carbone restera perdu dans les nuages de suie.

 



[1] Les pays du G20 consomment environ 80% de l’énergie mondiale.

[2] Un réchauffement stabilisé à 2 °C, voire 1,5 °C d’ici la fin du siècle.

 



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