A la COP 21, craintes sur la sécurité alimentaire mondiale

Le 03 décembre 2015 par Romain Loury
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Hilal Elver, rapporteure spéciale des Nations unies sur le droit à l'alimentation
Hilal Elver, rapporteure spéciale des Nations unies sur le droit à l'alimentation
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C’est l’une des conséquences les plus graves du réchauffement climatique: la sécurité alimentaire mondiale, dont tout montre qu’elle sera sérieusement compromise dans les pays du Sud au cours du XXIe siècle. En marge des négociations de la COP 21, la question inquiète de nombreux experts, qui craignent qu’elle entraîne encore plus de conflits et de migrations.

On le sait peu, mais la sécurité mondiale s’est plutôt améliorée ces dernières années: notre planète compte actuellement 805 millions de personnes sous-alimentées (11% de la population mondiale), contre 1,01 milliard pour la période 1990-92 (19%). Pourtant, la situation pourrait rapidement se dégrader sous les effets du réchauffement climatique.

Même s’ils sont pour l’instant compensés par le développement croissant de nombreux pays, les premiers effets se font déjà sentir. En Inde, par exemple, où la surface agricole affectée par des épisodes climatiques extrêmes, dont les inondations, s’est fortement agrandie ces dernières années: normalement sec, le mois de mars a vu, dans l’Etat de l’Uttar Pradesh, ses précipitations augmenter «de 500% à 1.000%» cette année par rapport à la normale, explique Shiraz Wajih, de l’ONG Gorakhpur Environmental Action Group.

«Pour toute hausse de 1°C de la température moyenne, on observe une baisse de rendement du blé de 20%», rappelle Hilal Elver, rapporteure spéciale des Nations unies sur le droit à l’alimentation. Ce qui est problématique, alors que, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production mondiale devra augmenter de 70% d’ici 2050 pour répondre à la demande mondiale.

L’Afrique, première victime

Dans un rapport publié mercredi 2 décembre, le département américain de l’agriculture (USDA) livre lui aussi des prévisions inquiétantes: en cas de faible développement économique et de forte croissance démographique, la planète pourrait compter 175 millions d’affamés de plus en 2080 si le taux de CO2 dans l’atmosphère atteint 850 parties par million (ppm) -contre 400 ppm actuellement. Dans le cas d’une hausse à 550 ppm, la hausse serait de 60 millions de personnes.

Sans trop de surprise, les pays d’Afrique subsaharienne devraient présenter le niveau d’insécurité alimentaire le plus élevé, suivis par l’Asie et, plus loin, par l’Amérique latine. Tel est le constat dressé par le Programme alimentaire mondial (PAM) qui a mis en ligne, mardi 1er décembre, une carte interactive permettant de prévoir le niveau de sécurité alimentaire, en fonction du niveau d’émissions de gaz à effet de serre et du niveau d’adaptation, aux horizons 2050 et 2080.

Outre les problèmes sanitaires, l’insécurité alimentaire pourrait avoir des conséquences géopolitiques désastreuses, rappelle Hilal Elver. «Il existe une très grande corrélation entre le niveau d’importation de produits agricoles et le risque de conflits: face au réchauffement climatique, les pays qui importent beaucoup, plus exposés à la volatilité des prix, sont dans une position très dangereuse», explique-t-elle. Un constat récemment dressé par l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) au sujet des pays arabes, parmi les moins autosuffisants au monde.

Le péril marin

Outre la sécheresse et autres épisodes climatiques extrêmes, la montée du niveau de la mer menace de nombreuses terres agricoles. Et pas qu’au Bangladesh, pays souvent évoqué face à ce danger, mais aussi en Afrique.

Face à ce péril, Teresa Anderson, de l’ONG ActionAid, a évoqué jeudi un projet qui a fait ses preuves en Gambie, celui d’une digue qui a permis de reconquérir 4.000 hectares de terres littorales devenues incultivables par la salinisation, suite à des incursions marines de plus en plus fréquentes.

Avec l’aide de l’Agence espagnole pour la coopération internationale, cette digue, de 4 km de long, a non seulement empêché l’eau marine de pénétrer, elle a aussi permis de dessaler les sols: pour cela, les agriculteurs ont laissé l’eau de pluie s’accumuler, puis l’ont libérée par des trappes ouvertes dans la digue, la terre se trouvant ainsi lavée après plusieurs de ces lavages.

Or le projet, d’un coût de 350.000 dollars, serait financièrement hors de portée pour de nombreux pays en développement. Pour Teresa Anderson, de l’ONG ActionAid, «il y a là un signal fort à envoyer aux négociateurs: donnez-nous l’argent pour accroître l’adaptation des pays du Sud».



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