A l’Efsa, c’est Noël en avance pour l’aspartame

Le 11 décembre 2013 par Romain Loury
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L'EFSA ne change pas sa position d'un iota
L'EFSA ne change pas sa position d'un iota

Pour l’aspartame, l’année 2013 s’achève comme elle a débuté: avec le même avis rassurant de l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), mais toujours sous les huées des associations.

Rien de bien surprenant dans l’avis définitif publié le 10 décembre par l’Efsa: sa version préliminaire avait été rendue publique en janvier (voir le JDSA). Comme en début d’année, l’Efsa continue à penser que l’édulcorant ne pose aucun problème de toxicité aux niveaux actuels d’exposition, et qu’il n’y a donc pas lieu de modifier sa dose journalière admissible (DJA), de 40 milligrammes par kilo de poids corporel.

Son verdict repose sur une copieuse littérature scientifique, mais de qualité très variable -et ce dans les deux camps: selon l’Efsa, il y a au final de quoi blanchir les trois métabolites de l’aspartame (phénylalanine, acide aspartique, méthanol) et ses divers produits de dégradation, concernant le risque de cancer, le fonctionnement cérébral, ou le développement fœtal.

Présent lors d’une audition organisée par l’Efsa début avril, le réseau Environnement Santé (RES) se montre mécontent de cet avis final, se demandant dans un communiqué «combien de temps la fraude va encore durer». Premier grief des opposants à l’aspartame, sa DJA repose sur des études menées en 1973-74 par l’industrie, qui n’ont pas fait l’objet d’une évaluation indépendante par des pairs, et dont la qualité est jugée très douteuse.

 

Des études non prises en compte?

Le RES évoque aussi plusieurs études récentes qui n’auraient pas été prises en compte par l’Efsa. Parmi celles-ci, l’une, argentine, montre un risque accru de cancer des voies urinaires chez les personnes consommant de l’aspartame: pour le RES, elle n’a «même pas été analysée. L’Efsa le reconnaît, mais continue de l’écarter sans raison». Pas tout à fait: le rapport de l’Efsa évoque bien cette étude, mais en pointe la faible qualité méthodologique. Par exemple le fait que seule l’exposition à l’aspartame sous forme d’infusion était prise en compte…

Quant à l’étude portant sur 122.000 personnes «confirmant» un risque de lymphome et de leucémie, mais «écartée sans explication» par l’Efsa, ses propres auteurs reconnaissent des «incohérences» dans leurs résultats, et évoquent clairement l’idée d’un hasard dans leurs associations statistiques.

Sans surprise, l’Efsa continue à écarter deux études de 2010 souvent brandies par les anti-aspartame, l’une, danoise, montrant un risque d’accouchement prématuré chez des femmes consommant fréquemment de l’aspartame; l’autre, italienne, mettant en évidence un risque cancéreux chez le rat.

Le RES s’étonne par ailleurs que l’Efsa n’ait pas intégré une étude française parue après la publication du rapport préliminaire, montrant un risque accru de diabète chez les personnes consommant des boissons édulcorées (voir le JDSA). Evoquée lors de la consultation publique, elle a été mise de côté au motif qu’elle ne concernait pas que le seul aspartame, mais également l’acésulfame K.

C’est peut-être là l’une des failles de ce genre d’évaluation: ne se penchant que sur l’éventuelle toxicité spécifique de l’aspartame, elle élude la question plus large des édulcorants, notamment de leur impact sur le métabolisme glucidique. Or nombre de nutritionnistes considèrent qu’ils n’ont au minimum aucun effet, voire seraient contre-productifs, en prévention de l’obésité et du diabète (voir le JDSA).

 



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