A droite, haro sur le principe de précaution

Le 05 octobre 2016 par Romain Loury
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Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy

Décidément, le principe de précaution n’a pas la cote auprès des candidats à la primaire de la droite et du centre, en vue de l’élection présidentielle de 2017. Pour la plupart de ceux ayant publié (de rares) mesures ayant trait à l’environnement, il est tout simplement question de le supprimer. Parmi les plus acharnés, Nicolas Sarkozy, François Fillon et Bruno Le Maire.

Inscrit en février 2005 dans la Constitution française, sous la présidence de Jacques Chirac, le principe de précaution compte peu d’amis à droite. Il suffit pour s’en convaincre de parcourir les programmes des sept candidats à la primaire de la droite et du centre, prévue les 20 et 27 novembre.

Ceux qui n’en parlent pas (ou pas tout à fait)

Survolons le cas Jean-Frédéric Poisson, dont le programme, très succinct, a pour principal objectif de «libérer la France de Mai 68». Du côté de Jean-François Copé, aucune mesure environnementale dévoilée à ce jour, et rien à dire sur le principe de précaution.

Quant au favori des sondages, Alain Juppé, on attend la publication imminente de ses cahiers programmatiques consacrés à l’environnement, au transport et à l’énergie –initialement annoncée pour cette semaine par son équipe. Wait and see.

Dans son cahier agriculture, le maire de Bordeaux glisse toutefois une ligne sur le principe de précaution. Sans évoquer sa suppression, il estime que «pour qu’[il] ne bride pas l’innovation, la France ne devra pas s’interdire de conduire des recherches agronomiques précis et contrôlés», aussi bien sur la réduction des intrants (engrais, pesticides) que sur les OGM.

Innovation, responsabilité

Assurés d’obtenir moins de voix au centre, Nicolas Sarkozy, François Fillon et Bruno Le Maire sont plus agressifs sur le sujet: auteur d’un pavé d’un millier de pages, ce dernier considère même que le principe de précaution est devenu «un outil politique et populiste anti-progrès», qu’il faut remplacer par un «principe d’innovation».

Selon l’ancien ministre de l’agriculture, ce changement «représente[rait] un symbole fort, mais nécessaire pour que la France puisse enfin retrouver cet esprit de conquête qui lui fait défaut». Idem pour François Fillon, à une nuance près: pas de «principe d’innovation», mais un «principe de responsabilité». Un terme que partage Nicolas Sarkozy, dans son livre programme «Tout pour la France» (éditions Plon).

L’ancien président n’a pas de mot assez dur contre le principe de précaution, devenu au fil du temps un «principe d’interdiction». «Nous nous trouvons petit à petit littéralement paralysés par les lobbies de l’idéologie du retour en arrière, de la décroissance, de la méfiance à l’endroit de toutes formes de progrès», juge le candidat.

Parmi les proies de cet esprit rétrograde, le nucléaire (Nicolas Sarkozy signale au passage qu’il ne fermera pas la centrale de Fessenheim), les nouveaux médicaments[i] et la productivité dans l’agriculture. Voire le gaz de schiste, victime d’«une écologie d’extrême gauche». Et accessoirement d’une certaine loi du 14 juillet 2011 interdisant leur exploration et leur exploitation signée par le président Nicolas Sarkozy, qui promet désormais de lancer les recherches. Nulle trace, en revanche, d’énergies renouvelables.

Sarkozy invente les normes biodégradables

Comme Bruno Le Maire et François Fillon, Nicolas Sarkozy souhaite mettre fin à la sur-transposition des normes européennes au niveau français, qui menacerait en particulier les agriculteurs –on pense à celles d’ordre environnemental, dont François Fillon donne quelques exemples dans son programme.

Pour cela, l’ancien président propose que toute nouvelle norme soit limitée dans le temps, par exemple cinq ans, avant d’être «abrogée automatiquement, sauf avis contraire expressément formulé». Une mesure dont on se demande si elle va vraiment simplifier le système.

Dans son chapitre sur «le défi de l’autorité», Nicolas Sarkozy charge les zadistes de Notre-Dame-des-Landes, «dont une partie vient de l’extrême gauche étrangère». Evoquant les décisions de justice et le référendum organisé en juin, il estime que «l’exemple que donne ce gigantesque campement aux citoyens qui, eux, sont verbalisés à la moindre infraction est déplorable». Parole d’expert.

La phrase de NKM

Mais revenons au principe de précaution: la seule à tenir un propos favorable à ce sujet est Nathalie Kosciusko-Morizet, ancienne ministre de l’écologie (2010-12). Et pour cause: elle l’a elle-même porté en 2004 à l’Assemblée nationale, en tant que rapporteure du projet de loi constitutionnelle relative à la Charte de l’environnement.

«Le principe de précaution est souvent critiqué. Je crois pourtant qu’il est nécessaire pour garantir que l’innovation puise éclore sans provoquer de risques irréversibles et graves pour l’environnement», indique la candidate dans la section «oser l’écologie» de son site internet. Une page qui, hélas, ne contient que cette phrase.



[i] Un étrange raccourci: les nouveaux médicaments ne sont pas critiqués pour leur caractère innovant, mais pour leur prix exorbitant (cf. la récente campagne de Médecins du Monde). L’innovation est a contrario l’argument avancé par l’industrie pour justifier ses prix, qui constituent une menace pour l’assurance maladie.

 



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