À Addis-Abeba, le climat s’invite dans le développement durable

Le 17 juillet 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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A Addis-Abeba, 193 Etats ont forgé les nouvelles règles de financement du développement.
A Addis-Abeba, 193 Etats ont forgé les nouvelles règles de financement du développement.
ONU

Lors du sommet onusien consacré au financement du développement, 193 Etats se sont accordé sur le fait qu’il fallait mobiliser tous les financements possibles pour lutter contre la pauvreté et le changement climatique. En plus de l’aide au développement, les pays du sud devront mieux lever l’impôt, réduire la corruption et les subventions et séduire les marchés. Sacré programme.

«Aide-toi et le ciel t’aidera.» Tel pourrait être résumé, très grossièrement, la troisième conférence internationale sur le financement du développement qui vient de se clôturer à Addis-Abeba (Ethiopie).

Trois jours durant, les représentants de 193 pays industrialisés, émergents, en développement et peu avancés ont phosphoré sur le financement des objectifs de développement durable (ODD), dont le cisellement doit s’achever, en septembre, lors d’un nouveau sommet onusien.

Du classique

Long de 46 pages (dans sa version française), le programme d’action Addis-Abeba rappelle les objectifs fondamentaux de la communauté internationale en matière de développement: éducation, égalité homme-femme, lutte contre la faim, développement durable (notamment agricole), protection des services publics (en particulier de sécurité sociale), accès à l’énergie et à l’eau potable. Rien que de très classique.

Les nouveautés sont ailleurs. Et elles sont le fruit d’une longue bataille diplomatique menée par les pays les plus industrialisés (regroupés au sein de l’OCDE), les 134 membres du groupe des 77 et les chancelleries des Etats les moins avancés.

Vieille revendication, jamais honorée depuis des décennies, les deux dernières coalitions demandent à la première que les nations les plus riches consacrent 0,7% de leur PIB à l’aide publique au développement.

Le Sud se prend en main

En contrepartie, le Sud accepte aussi de se prendre en main. D’abord, en ouvrant la chasse à l’argent mal placé. La lutte contre la corruption, l’évasion fiscale (des contribuables du Nord comme du Sud), les paradis fiscaux seront, plus qu’hier, dans le collimateur des gouvernements.

L’aide publique du Nord pourra même servir à mettre sur pied des Cours des comptes et des services fiscaux efficaces dans les pays les moins bien lotis. Ce qui leur permettra de lever plus efficacement l’impôt et donc de financer, par eux-mêmes, infrastructures ou programmes éducatifs. «Dans les pays en développement, le taux de pression fiscale est en moyenne de 10 à 12%, contre 35% dans les pays de l’OCDE. Ils ont donc encore de la marge», confirme Philippe Orliange, directeur Partenariat, stratégie et communication de l'Agence française de développement.

Changer de modèle

Dans la foulée, le commerce international est adoubé comme grand financeur du développement durable. Il faudra pour ce faire mettre un terme aux subventions nationales qui faussent les marchés, notamment ceux des produits agricoles (belle concession américaine au Brésil!) et de l’énergie.

A ce dernier propos, les pays vivant de leurs exportations de ressources naturelles sont encouragés à éliminer progressivement les incitations fiscales excessivement avantageuses qui s’appliquent à ces investissements. De quoi renchérir, dans bien des endroits, les exportations de pétrole, de gaz et de charbon. Ou de réduire, à bas coût, les émissions de gaz carbonique, c’est selon.

Les entreprises ne sont pas oubliées. Les multinationales sont ainsi priées «de faire connaître pays par pays aux autorités fiscales les activités dans tous les pays où elles opèrent». Et elles auront tout intérêt à le faire, car «la coopération fiscale internationale doit être universelle».

Nouveaux financements

Bien évidemment, ce bel édifice ne suffira pas. Raison pour laquelle les investisseurs institutionnels, et les autres, sont appelés à la rescousse. Avec de gros chéquiers dans leurs poches: les besoins en nouvelles infrastructures non satisfaits dans les pays en développement représentent de 1.000 à 1.500 milliards de dollars (916 à 1.374 milliards d’euros) d’investissements par an. Soit 4 à 5 fois le montant annuel de l’aide publique au développement octroyée par les pays du Nord.

Pour coordonner les efforts des banques de développement et les autres, le plan d’Addis-Abeba appelle à la création d’une instance mondiale «qui jouera un rôle-clé dans la réalisation des objectifs de développement durable et qui s’inspirera des mécanismes multilatéraux de collaboration existants, pilotés par les banques multilatérales de développement».

Quelques pistes d’investissement ont d’ailleurs été ouvertes: équipements collectifs «durables», énergie, agriculture, industrialisation, science, technologie, innovation, finance «équitable», mais aussi financement des petites (voire micro) entreprises.

Obligations et assurances

Pour attirer les investisseurs privés (de loin les plus riches), le texte onusien suggère de créer les marchés financiers nationaux, en particulier les marchés d’obligations à long terme. Il propose aussi de développer des systèmes d’assurance, notamment pour faire face aux conséquences des changements climatiques sur l’agriculture. Une proposition qui semble s’inspirer des idées exprimées le 22 mai par les assureurs, lors du Climate Business Day, à Paris.

Autre tendance de fond: la montée des acteurs locaux. «Il est désormais reconnu, poursuit Philippe Orliange, que le développement ou la lutte contre le changement climatique ne sont pas seulement issus de la volonté de gouvernements centraux mais aussi d’acteurs locaux, au premier rang desquels figurent les collectivités locales.» Addis-Abeba a donc bien intégré les conclusions du sommet des territoires qui s’est tenu, au début du mois, à Lyon.

Intégrer l’adaptation

Last but not least: l’agenda du développement et celui du changement climatique ne sont plus contradictoires mais complémentaires. Les infrastructures à financer devront non seulement contribuer à la production de richesses, mais aussi être résilientes et ne pas renforcer l’effet de serre. D’un autre côté, la majorité des pays les moins avancés ont clairement indiqué que l’aide au développement qui les concerne devait intégrer l’adaptation aux conséquences du réchauffement. Autant de sujets dont reparleront experts et diplomates lors des prochains rounds des négociations climatiques: Paris dès la semaine prochaine, New York en septembre, Lima en octobre, et Paris pour la COP 21.

 



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