850 millions d’hectares de terres menacés en 2050

Le 27 janvier 2014 par Stéphanie Senet
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15 milliards d'hectares de terres devraient être recouvertes de zones bâties en 2050
15 milliards d'hectares de terres devraient être recouvertes de zones bâties en 2050

Le Programme des Nations unies sur l’environnement (Pnue) tire le signal d’alarme sur la dégradation des terres naturelles, qui devrait toucher 850 millions d’hectares en 2050. Nouveauté: ce n’est plus tant en raison de la hausse quantitative de la demande alimentaire que par rapport à l’augmentation des revenus et à l’évolution vers une alimentation plus protéinée.

Dans un scénario business as usual, la dégradation des terres emportera l’équivalent de la superficie du Brésil dans 35 ans, met en garde le Pnue dans un rapport publié le 24 janvier. Alors que la planète devrait compter 11 milliards de personnes en 2100, la destruction grandissante de forêts, prairies et savanes pour les convertir en terres agricoles devrait toucher 23% des sols mondiaux.

Ce nouvel opus onusien a été rédigé par le Groupe d’experts international sur la gestion durable des ressources qui, depuis 2007, regroupe 27 scientifiques de renommée internationale et 33 administrations nationales. Il complète le rapport publié en 2011 sur le nécessaire découplage entre la croissance économique et la consommation de ressources naturelles.

 

La population mondiale pas seule responsable

Les auteurs ont tout d’abord identifié les 6 principales causes de la dégradation accrue des terres: limitation des rendements agricoles, croissance de la population, urbanisation galopante, occidentalisation des régimes alimentaires (de plus en plus carnés), développement des agrocarburants et des biomatériaux. Ces phénomènes ne sont pas nouveaux. Mais ils sont de plus en plus dévastateurs. Le premier facteur nourrissant la hausse de la production alimentaire ne sera bientôt plus l’accroissement de la population mondiale, mais la hausse des revenus et l’évolution vers des régimes alimentaires plus protéinés, souligne ce rapport.

 

L’expansion des terres cultivées ralentit

Autre facteur aggravant: la trop faible croissance des terres cultivées. Chaque année, la surface mondiale des champs progresse de 1%. Ce rythme devrait toutefois baisser de moitié à partir de 2030. A cela, il faut ajouter les conséquences du changement climatique. En multipliant le nombre et la puissance des événements climatiques extrêmes et en diminuant la pluviométrie de certaines régions, le réchauffement va accélérer la réduction du potentiel agricole. Ce potentiel serait réduit de 10 à 20% d’ici 2080 dans les pays en développement et de 6% à 8% dans les pays industrialisés.

Ces experts estiment que l’expansion nette des terres agricoles devrait osciller entre 120 et 500 Mha en 2050. Cette expansion nette qualifie la demande croissante de biomasse alimentaire et non alimentaire (qui progresse plus vite que les rendements). Elle est due au passage à des régimes plus riches en protéines dans les pays en développement et à une demande accrue de biocarburants et de biomatériaux dans les pays développés.

 

Une urbanisation croissante

L’urbanisation galopante est aussi responsable de la dégradation mondiale des terres naturelles, à hauteur de 5% des ressources foncières mondiales. Environ 15 Md ha de terres devraient être couverts par des zones bâties d’ici 2050. Il faut rappeler qu’au cours des 5 dernières décennies, le déboisement s’est poursuivi au rythme moyen de 13 Mha par an.

«Conscients du fait que la terre est une ressource finie, nous devons faire preuve d’une plus grande efficacité dans la production, la fourniture et la consommation des produits issus de la terre. Nous devons être en mesure de définir et de respecter les frontières planétaires à l’intérieur desquelles le monde peut fonctionner en toute sécurité pour sauver des millions d’hectares d’ici 2050», alerte le directeur exécutif du Pnue, Achim Steiner.

 

Un «espace de fonctionnement sécurisé»

Pour sensibiliser les décideurs politiques, le Pnue lance le concept «d’espace de fonctionnement sécurisé». Soit la superficie maximale utilisable avant que les risques de dommages ne soient jugés irréversibles (en matière de recul de la biodiversité, de rejets de CO2, de perturbation des cycles de l’eau et des nutriments, de pertes des sols fertiles). Il évalué ainsi à 1.640 Mha la hausse de la superficie mondiale de terres cultivées. Mais ce chiffre sera très largement dépassé dans un scénario business as usual.

Dans le cas de l’Union européenne, 0,31 ha était requis par personne en 2007 pour couvrir la consommation intérieure. C’est plus que l’espace de fonctionnement sécurisé évalué par le Pnue: 0,20 ha par personne en 2030.

Le Pnue, qui suggère de réduire d’urgence ces appétits, estime que jusqu’à 319 Mha de terres pourront être sauvés d’ici 2050 si 5 mesures sont généralisées. Il s’agit tout d’abord d’améliorer la gestion foncière et sa planification pour réduire l’expansion des zones bâties. Deuxième priorité: investir dans la remise en état des terres dégradées. Ensuite, fixer un plafond mondial d’utilisation des terres naturelles (et le décliner par Etat selon les besoins). Pour optimiser la production alimentaire, le Pnue suggère aussi d’orienter les régimes vers une consommation accrue de légumes et de réduire les déchets. Enfin, il recommande de réduire les subventions aux cultures énergétiques, en diminuant, voire en supprimant les quotas de biocarburants.

 

La production alimentaire croît plus vite que la population

Entre 1961 et 2009, la production alimentaire a triplé. Cette progression est beaucoup plus rapide que la hausse de la population: de 3,2 milliards à environ 7 Md de personnes. Rapportée par habitant, la production alimentaire a augmenté de seulement 33% selon le Pnue.


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