8,7 millions d’espèces sur la planète

Le 24 août 2011 par Célia Fontaine
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De nouvelles espèces sont régulièrement découvertes en Nouvelle Guinée
De nouvelles espèces sont régulièrement découvertes en Nouvelle Guinée
photo Kristofer Helgen

Il a toujours été très difficile de savoir combien d’espèces vivantes peuplent la planète. Une nouvelle étude internationale, publiée le 23 août, avance un chiffre précis: 8,7 millions de familles de créatures végétales ou animales existeraient aujourd’hui. Mais seulement 1,23 million ont été effectivement décrites.

Il n’est pas rare que des naturalistes décrivent régulièrement de nouvelles espèces, tant sur terre que dans les mers (voir le JDLE). Ces découvertes rendent chaque fois plus compliquée l’estimation du nombre total d’espèces existantes.
 
La dernière étude en date, la plus précise jamais réalisée à ce jour, dixit le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), place la barre à 6,5 millions d’espèces sur terre et 2,2 millions en milieu aquatique. Mais «il reste 86% de toutes les espèces terrestres et 91% des espèces marines à découvrir», souligne Derek Tittensor, du Pnue.
 
Les espèces animales seraient au nombre de 7,77 millions, dont 953.434 ont été décrites et classées. Quant aux espèces végétales, 298.000 d’entre elles existent, et 215.644 ont été cataloguées.
 
Le monde animal étant varié, les champignons et moisissures n’ont pas été oubliés dans le recensement. Les chercheurs estiment que la terre porte 611.000 espèces de champignons (43.271 ont fait l'objet d'une classification). On trouve également 36.400 espèces de protozoaires (dont 8.118 répertoriés à ce jour), 27.500 espèces d'algues, de diatomées (algues unicellulaires) et de moisissures d'eau (13.033 ont été identifiées et cataloguées).
 
Ces chiffres permettent de relativiser ceux suggérés par les études précédentes, qui pouvaient varier de 3 à 100 millions d'espèces vivantes.
 
Pour donner leur estimation, les chercheurs du Census of Marine Life (le recensement de la vie marine) ont analysé des données basées sur les dernières techniques éprouvées de taxonomie[1].
 
Il faut remonter à 1758 pour trouver les origines du système encore utilisé de nos jours pour nommer et décrire formellement les espèces. Le scientifique suédois Carl Linnaeus (appelé par la suite Karl Von Linné) est considéré comme le père de la taxinomie pour avoir jeté les bases du système moderne de la nomenclature binominale.
 
Le système de classification regroupe les formes de vie dans une hiérarchie pyramidale: règne, phylum (embranchement), classe, ordre, famille, genre et espèces. Il se base le plus souvent sur des caractéristiques visuelles, voire auditives. Chaque espèce est ensuite définie par un nom double, en latin.
 
«Nous avons découvert qu’en utilisant les nombres des groupes taxinomiques les plus importants, nous pouvions prédire le nombre d’espèces. Cette approche a donné des résultats probants pour prédire le nombre d’espèces dans plusieurs groupes déjà bien étudiés, les mammifères, les oiseaux et les poissons, ce qui nous montre que la méthode est fiable[2]», explique le professeur Sina Adl, de l'Université de Dalhousie à Halifax (Canada).
 
Pourquoi est-il intéressant de connaître le nombre d’espèces vivantes qui existent sur terre? Non pas pour pouvoir répondre à la question qui serait posée par un extraterrestre en visite sur notre planète, comme le suggère Robert May du département Zoologie de l’université d’Oxford, mais pour avoir un point de référence pour estimer les pertes de biodiversité.
 
«Nombre d'espèces pourraient disparaître avant même que nous en connaissions l'existence, leur fonction unique dans l'écosystème et leur contribution potentielle pour améliorer le bien-être des humains», explique le principal auteur de l'étude, Camilo Mora, des universités de Hawaii et de Dalhousie à Halifax (Canada).
 
Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), sur 59.508 espèces surveillées, 19.625 sont menacées d'extinction. Avec les nouveaux chiffres avancés de 8,7 millions d’espèces vivantes, cela signifie que moins d’1% seulement sont surveillées, avance pour sa part un des co-auteurs de l’étude publiée dans la revue Plos Biology.
 
D’autre part, «avoir connaissance du nombre d’espèces qui peuplent la planète est important pour comprendre pleinement le processus écologique et évolutif. Cela permet également de mettre en valeur les services écosystémiques indispensables à l’humanité», a souligné Robert May.
 
La découverte de la biodiversité ne fait donc que commencer. Pour avoir des chances de trouver de nouvelles espèces, il faudra sonder en profondeurs les récifs de coraux, les boues sous-marines et les sols des forêts tropicales. «Mais des formes de vie plus petites et inconnues existent partout, même dans votre jardin», estime Alastair Simpson, co-auteur  de l’étude.
 
Décrire la totalité des espèces qui restent à découvrir en utilisant les approches traditionnelles pourraient encore demander 1.200 années de travail et la mobilisation de plus de 300.000 taxinomistes, pour un coût approximatif de 364 milliards de dollars (252,46 milliards d’euros). De nouvelles techniques comme le «code-barre du vivant» (DNA barecoding en anglais), qui permet d’identifier des fragments spécifiques d'ADN de chaque espèce tels un code-barre, réduiront sans doute les coûts et le temps nécessaire à l’identification des nouvelles espèces.


[1] science qui a pour objet de décrire les organismes vivants et de les regrouper en entités appelées taxons afin de les identifier puis les nommer, et enfin les classer.
[2] «We discovered that, using numbers from the higher taxonomic groups, we can predict the number of species. The approach accurately predicted the number of species in several well-studied groups such as mammals, fishes and birds, providing confidence in the method.»
 


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