71% des terres agricoles européennes servent à nourrir le bétail

Le 12 février 2019 par Stéphanie Senet
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L'élevage industriel dicte sa loi
L'élevage industriel dicte sa loi
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71% des terres agricoles européennes sont dédiées à l’alimentation animale, selon un rapport publié ce 12 février par Greenpeace à partir de données d’Eurostat et de la Commission européenne.

L’élevage poursuit son essor en Europe et se concentre dans des exploitations toujours plus grandes[1]. L’Union européenne (UE) a en effet perdu 32% de ses fermes d’élevage entre 2005 et 2013 tandis que les plus grandes exploitations ont accueilli 10 millions de bêtes supplémentaires. Au total, la production de viande s’est accrue de 12,7% entre 2000 et 2017 pour atteindre 47,2 millions de tonnes (volaille et porc surtout). Quatre pays se partagent une grande moitié du gâteau: Allemagne, Espagne, France et Royaume-Uni produisent 54% des bovins, 50% des porcs et 54% des ovins et caprins.

 

127 millions d’hectares

Cette étude montre surtout que 71% des terres agricoles[2] ont été dédiées, en 2017, à l’alimentation animale. Prairies de pâturage et terres arables (céréales et oléagineux) se sont étendues sur 127,2 millions d’hectares.

La moitié de ces terres sont destinées au pâturage. Elles ne nourrissent que 20% des bovins et 4% des vaches laitières de l’UE. Le reste est produit de manière intensive, avec des épandages réguliers d’engrais. Quant aux prairies à haute valeur écologique –essentielles pour la préservation de la biodiversité et le captage du carbone– leur proportion reste faible.

L’autre moitié est constituée de terres arables. A l’échelle de l’UE, 63% d’entre elles sont cultivées pour alimenter le bétail, le plus souvent de façon intensive en ayant recours aux engrais et pesticides de synthèse. Selon l’ONG, une grande partie de cette superficie devrait au contraire être réorientée vers des produits de substitution à la viande et aux produits laitiers.

 

Des cultures fortement subventionnées

Cette évolution est liée à la hausse de consommation de protéines animales en Europe depuis les années 1960, mais elle repose aussi sur les orientations de la politique agricole de l’UE: subventions à l’exportation d’alimentation animale, droits d’importation, quotas de production, etc. Au total, l’élevage a aussi mobilisé entre 28,5 et 32,6 milliards d’euros d’aides (couplées ou à l’hectare) issues de la PAC[3] en 2017, sur un total de 41,5 Md€. Mais il est impossible d’évaluer précisément le montant dédié à la production d’alimentation animale.

 

Réforme de la PAC

La réforme en cours de la PAC (post-2021) pourrait toutefois réduire son ampleur en modifiant le système d’attribution des aides. Les paiements redistributifs (paiements plus élevés pour les premiers hectares) devraient être liés au type de production et non plus seulement à la superficie de l’exploitation. Autres pistes: des aides supplémentaires accordées aux jeunes et aux petits agriculteurs, une éco-conditionnalité renforcée des paiements selon l’atteinte portée à la santé publique, à l’environnement et au bien-être des animaux, et la suppression de toute aide aux fermes d’élevage dont la production d’azote dépasse 170 kilogrammes par hectare, en référence au plafond instauré par la directive Nitrates de 1991.

 

L’alternative des protéines végétales / La concertation nationale autour de la future stratégie sur les protéines végétales a été lancée, ce 12 février, par le ministre de l’agriculture Didier Guillaume. Pendant trois mois, des pistes d’action seront identifiées, les professionnels étant invités à proposer des évolutions de leur plan de filières. La conclusion est attendue à la fin du premier semestre.

 



[1] Ce rapport se base sur des données d’Eurostat et de la DG Agri de la Commission européenne.

[2] terres arables et prairies de pâturage comprises

[3] politique agricole commune

 



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