65 recommandations pour lutter contre les macrodéchets en milieu aquatique

Le 18 mai 2009 par Sonia Pignet
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Dans le cadre du Grenelle de la mer, le groupe de travail piloté par l’association Robin des bois a remis au gouvernement son rapport sur les macrodéchets. Il propose un plan d’action élaboré autour de 65 recommandations. Tour d’horizon des propositions.

«D’après l’ONU, chaque kilomètre d’océan contiendrait 120.000 morceaux de plastique flottants. En certains endroits, il y a 6 fois plus de plastique que de plancton», indique l’association de défense de l’environnement Surfrider en préambule de la pétition qu’elle a lancé sur le sujet des macrodéchets. L’association regrette le manque de réglementation et souhaite faire pression sur le Parlement européen et la Commission pour qu’ils prennent rapidement une initiative législative reconnaissant les macrodéchets comme une véritable pollution. A l’échelle nationale, elle s’est bien sûr impliquée dans le groupe de travail mené par l’association Robin des bois, qui vient de remettre son rapport au gouvernement. Intitulé «Recommandations pour un plan coordonné de réduction des macrodéchets flottants ou échoués dans les fleuves, les ports, le littoral et en mer», il émet 65 propositions pour lutter contre ce fléau. Ces déchets, flottants, solides et visibles à l’œil nu, dégradent les paysages et les usages d’agrément, constituent des pièges physiques et des leurres pour la biodiversité marine, notamment les mammifères et certaines espèces commercialisées, et peuvent exposer les populations et les chaînes alimentaires à des risques sanitaires.

Inventaire
Bien que plusieurs organismes se soient penchés sur la question, à l’instar de l’Ifremer ou via le Pnue (le Programme des Nations unies pour l’environnement), la quantification et la qualification des macrodéchets n’est pas au point. Les études s’accordent sur le fait qu’environ 70% de ceux qui sont présents dans les milieux aquatiques proviennent de la terre, mais les données sont peu précises. Par exemple, la quantité de déchets qui s’envolent pendant leur transport ou leur stockage est en recrudescence depuis 5 ans, mais personne ne sait quel tonnage ils représentent. De plus, «il n’y a pas en France de collecte et d’analyse des données concernant les déchets ramassés dans les bassins versants, comme cela est en partie réalisé pour le milieu marin». Le groupe de travail propose donc de développer et rassembler les recherches sur les impacts technico-économiques et sanitaires, et de développer le suivi quantitatif et qualitatif des macrodéchets en surface et sur les fonds.
Il préconise également de confier à un organisme comme le Cedre (Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux) ou l’Ifremer le pilotage des comptages des macrodéchets et d’assurer les financements nécessaires d’une manière pérenne notamment par la contribution du Meeddat. Une demande qui a déjà fait mouche, puisque «le Cedre, qui n’avait plus les moyens financiers de collecter des informations fin 2008, a retrouvé des fonds cette année via le Meeddat», rapporte Jacky Bonnemains, président de Robin des bois.

Réduction à la source
«Notre travail a beaucoup porté sur la réduction à la source de tous les vecteurs de dispersion», explique Jacky Bonnemains. Les études ont notamment mis en évidence un phénomène croissant: le rejet de macrodéchets lors de grands évènements sportifs, en particuliers cyclistes ou nautiques. Ils proposent donc d’inscrire dans les dossiers d’organisation et d’autorisation des plans de prévention et de gestion des déchets. Parmi les autres préconisations figure aussi le renforcement de l’application de la réglementation sur les envols des déchets (les industriels et les contrôleurs sont invités à déployer des efforts supplémentaires) ou encore la signature par la France de l’amendement 93 à la convention sur la sécurité des conteneurs. En améliorant l’identification des conteneurs et le renforcement des épreuves de résistance, cela peut permettre de limiter les pertes de cargaison en mer.
Le rapport insiste également sur la nécessité de renforcer la réglementation et d’appliquer celle qui existe déjà. «En matière d’abandon de déchets, les infractions sont très rarement sanctionnées», constate le président de Robin des bois. Une des solutions pourrait être de renforcer les contrôles dans le cadre de l’annexe 5 de la convention de Marpol, qui oblige les capitaines de navire de commerce (et paquebots de croisière) à tenir un registre des ordures. «Or ce dernier n’est quasiment jamais réclamé par les inspecteurs de la sécurité des navires ou les officiers aux ports», signale Jacky Bonnemains. En ce qui concerne les milieux d’eau douce, un des problèmes réside dans la recrudescence des déchets retenus par les barrages. Bien souvent, les gestionnaires de ces installations les déversent en aval, et ils vont finir leur course dans les océans. Le groupe de travail suggère qu’une législation impose aux communes en amont de réduire leurs flux de déchets (notamment en période de crue) et participent financièrement à leur élimination.

Elimination des macrodéchets
Concernant les déchets déjà présents dans les milieux aquatiques, le groupe de travail propose notamment: de systématiser les collectes de déchets de la conchyliculture générés à chaque tempête; et de réaliser une étude sur la possibilité d’appliquer la responsabilité élargie du producteur, avec la création d’une filière nationale de collecte et d’élimination (ou de valorisation) des engins de pêche usagés ou abandonnés, qu’ils soient professionnels ou non. Sans compter que, «faute de clarification et d’organisation, beaucoup de bateaux rejettent en mer les déchets ramassés lors des pêches», explique Jacky Bonnemains. «En Ecosse, au Danemark et aux Pays-Bas, des expériences sont tentées pour que les pêcheurs conservent ces déchets à bord. Nous encourageons ce type de pratiques.»

Information
Enfin, plusieurs recommandations portent sur l’information. Le groupe de travail propose par exemple de rendre obligatoire et systématique la mention ou le logo «interdiction de jeter dans les toilettes» sur les emballages des tampons hygiéniques, des cotons-tiges, des lingettes jetables, et de tout autre bien de consommation susceptible de se retrouver dans l’environnement en raison de sa petite taille et de sa flottabilité (les déchets sanitaires représentent 7% des macrodéchets sur la façade atlantique européenne). Ou encore de communiquer sur les impacts des lâchers de ballon sur l’environnement.

Sur les suites du rapport, Jacky Bonnemains se montre assez confiant et pense que la plupart des effets positifs seront perceptibles d’ici deux à trois ans. Il rappelle d’ailleurs qu’il y urgence à s’investir: «La démographie sur littoral est en expansion et il y a de plus en plus de cyclones et tempêtes, donc de plus en plus de déchets». Le sujet est d’ailleurs l’un des thèmes abordés à la conférence mondiale des océans (qui s’est tenu la semaine dernière en Indonésie). Le Pnue a présenté un rapport (1) qui préconise de réduire les macrodéchets en investissant dans des infrastructures de gestion. Il sera également évoqué lors de la Journée européenne de la mer, puisque Surfrider remettra à cette occasion les premières signatures de sa pétition (11.000) au commissaire européen aux affaires maritimes, Joe Borg.

(1) Consulter le rapport «Guidelines on the Use of Market-based Instruments to Address the Problem of Marine Litter» du Pnue


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