45 indicateurs pour refléter les «valeurs» du XXIe siècle

Le 21 janvier 2010 par Sabine Casalonga
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Foule couleur
Foule couleur

Une nouvelle liste d’indicateurs de développement durable, incluant l’empreinte carbone et la dimension sociale, a été proposée mercredi 20 janvier par la commission de concertation «grenellienne» installée en septembre. Ces indicateurs serviront à guider puis évaluer la stratégie nationale en cours d’adoption.

«Sortir de nos habitudes conceptuelles appuyées sur un outil vieux du XXe siècle -le produit intérieur brut (PIB)- et créer des indicateurs qui permettent de comprendre la réalité du XXIe siècle dans un contexte de finitude des ressources de la planète.» Telle est l’ambition affichée par Jean-Louis Borloo, ministre de l’environnement, en introduction de la conférence nationale sur les indicateurs de développement durable, mercredi 20 janvier au siège du Conseil économique, social et environnemental (Cese) à Paris. La réflexion n’est pas nouvelle et l’élaboration de nouveaux indicateurs en 2010, un engagement du Grenelle, est inscrite dans la loi Grenelle I. Mais la prise de conscience s’est s’accélérée suite à la présentation des travaux de la commission Stiglitz en septembre, qui a officiellement reconnu les lacunes du PIB et préconisé la mesure de la qualité de vie et des inégalités (1).

Dans la foulée, une commission de concertation réunissant les 5 collèges du Grenelle a été mise en place par le Commissariat général au développement durable (CGDD), le Cese et le Conseil national de l’information statistique (Cnis). Deux réunions ont été organisées à l’automne par la commission présidée par Philippe Le Clézio, représentant CFDT au Cese et rapporteur de l’avis sur «les indicateurs du développement durable et l’empreinte écologique» remis en mai 2009 (2). Malgré un laps de temps court, d’ailleurs critiqué par l’ensemble des membres, un tableau de bord a été proposé, présentant 15 indicateurs-phares et 30 indicateurs complémentaires, assortis de pistes de réflexion. Il vise à répondre aux 9 défis-clés de la stratégie européenne et du projet de stratégie nationale de développement durable (SNDD), et vient enrichir leur 11 indicateurs-phares (3). In fine les indicateurs permettront l’évaluation annuelle de la SNDD, prochainement adoptée dans le cadre d’un comité interministériel.

Sur les 15 nouveaux indicateurs-phares, 7 concernent les défis environnementaux. Un indicateur sur l’empreinte carbone vient compléter celui sur les émissions totales de gaz à effet de serre (GES). «Ce nouvel outil mesure les émissions de CO2 mondiales utilisées pour satisfaire la demande nationale: il ajoute les émissions liées aux importations et retranche celles liées aux exportations», explique Bruno Trégouët, du service des statistiques (SoeS) du Meeddm. L’empreinte nationale s’élève à 8,2 tonnes de CO2 par habitant, alors qu’elle serait de 6,9 t/hab avec le premier indicateur (CO2 seul).

Autre nouveauté proposée, un indicateur de la «productivité des ressources» visant à «estimer la consommation de matières [en quantité physique] par l’économie nationale». Celle-ci a augmenté de 25% depuis 1990. «Cela signifie que, pour un même PIB, nous consommons moins de ressources naturelles qu’avant, souligne Bruno Trégouët. Néanmoins cette quantité continue d’augmenter.» A noter, la notion d’empreinte écologique, déjà retoquée par les députés l’an passé (4), n’a pas été retenue. En revanche, des indicateurs (complémentaires) ont été proposés concernant les déchets nucléaires, les accidents du travail, les maladies professionnelles et le taux de suicides, dans le cadre du défi Santé et gestion des risques.

Au cours du débat, ce tableau de bord d’indicateurs a fait l’objet de plusieurs critiques, en particulier sur son caractère aride et peu lisible par le grand public. Le porte-parole d’un collectif d’ONG et d’experts (5) appelle ainsi à la création d’un «indicateur synthétique» ayant «force symbolique pour concurrencer le PIB». La Commission européenne devrait présenter les conclusions de ses réflexions sur ce thème en 2010. Cependant, plusieurs experts, reprenant les conclusions de la commission Stiglitz, estiment «prématurée et irréaliste» la création d’un tel indicateur, même si le tableau de bord présente des limites. Quant à Florence Jany-Catrice, économiste à l’université de Lille I et membre du réseau Fair, elle estime les deux types d’approche «complémentaires».

Dans tous les cas, «beaucoup reste à faire», a conclu Philippe Le Clézio, qui appelle à la pérennisation de sa commission. Une demande relayée par le collectif dans son communiqué du 19 janvier: «Cette rencontre doit être considérée non comme un aboutissement mais comme un nouveau point de départ». Florence Jany-Catrice, qui rappelle que les indicateurs sont «d’abord des outils politiques», recommande d’instaurer une forme de démocratie participative pour que les citoyens puissent définir leurs priorités et que soit évité un nouveau «fétiche et outil de domination», à l’instar du PIB.

(1) Dans le JDLE «Quels indicateurs pour compenser les faiblesses du PIB?»
(2) Dans le JDLE «Un autre PIB est possible»
(3) Dans le JDLE «SNDD 2009-2012: la consultation est ouverte»
(4) Dans le JDLE «Empreinte écologique encore retoquée»
(5) WWF, Les Amis de la Terre, Forum pour d’autres indicateurs de richesse (Fair), Fondation Nicolas Hulot


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