40 loups dans le viseur de l’Etat

Le 01 février 2017 par Marine Jobert
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40 loups à tuer en 2016-2017.
40 loups à tuer en 2016-2017.
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L’Etat entend autoriser le tir de 4 loups supplémentaires, portant à 40 le nombre d’animaux autorisés entre juillet 2016 et juin 2017. Une demande des éleveurs qui suscite beaucoup de critiques de la part des associations, alors que 33 loups ont déjà été abattus. En cause: l’absence d’évaluation de l’efficacité de ces tirs et la fragilisation de la population lupine.

Trente-trois loups ont été tués depuis le 1er juillet 2016, sur un quota de 36 loups autorisés. Et cela pourrait ne pas suffire pour «permettre la protection des troupeaux pendant la montée en estive au printemps 2017» et «assurer la défense des troupeaux qui restent en pâturage tout au long de l’année.» Fort de ces arguments, le ministère de l’environnement vient de mettre en consultation deux arrêtés visant à autoriser le tir de 4 loups supplémentaires d’ici le 30 juin 2017. Et ce malgré l’avis négatif du Conseil national de protection de la nature (CNPN).

Les prédations ont augmenté de 7% en 2016 par rapport à 2015. Et ce, alors même que la population lupine n’a pas progressé (elle a même régressé entre 2014 et 2015), au contraire des tirs autorisés (qui sont passés de 24 à 36 sur la même période). Quels sont donc les indicateurs qui permettent de poursuivre sur la même trajectoire? L’Etat n’a diligenté aucune étude pour évaluer l’efficacité des tirs sur les prédations de troupeaux.

9.000 bêtes tuées en 2016

Depuis le 19 novembre 2016, les préfets ont suspendu toutes les autorisations de tir de prélèvement: 32 loups avaient été tués alors, et montait la crainte de ne plus pouvoir offrir de solution –ou d’exutoire- à des organisations professionnelles de plus en plus virulentes contre le canidé. Mi-décembre, des éleveurs de la Confédération paysanne avaient occupé les jardins des Tuileries avec leurs brebis, dénonçant la hausse des prédations attribuées au loup (plus de 9.000 bêtes). Ils avaient plié bagages après avoir obtenu la promesse d’une meilleure indemnisation des dommages, d’aides financières pour les moyens de protection et d’un relèvement du plafond. C’est donc chose faite avec ces deux arrêtés, qui entreront successivement en vigueur dès que le nombre de 36 loups tués sera atteint.

Politique préfectorale sans cohérence

Le ministère de l’environnement assure se fonder sur «une modélisation de croissance de la population [pour] ensuite calculer le nombre maximum de spécimens pouvant être prélevés, de manière que les perspectives d’augmentation ou de stagnation de la population soient plus élevées que la probabilité de diminution». A l’issue de ces calculs, le tir de 4 loups supplémentaires créerait un risque de décroissance de 43%. «Les possibilités de stagnation ou de croissance de la population lupine restent donc positives», en conclut Roquelaure. Sauf que, fait valoir Jean-David Abel, le spécialiste lupin chez France Nature Environnement, ces nouveaux tirs semblent plus motivés par «l’absence de système de gestion des arrêtés, qui conduisent à une consommation trop rapide des possibilités dérogatoires qu’à la réalité biologique sur le terrain». Dit autrement par Pierre Athanaze, le président d’Action Nature Rewilding France: «Ils n’arrivent pas à maîtriser les chasseurs, qui tirent un peu n’importe où et ont épuisé les quotas qui auraient pu servir pour protéger les troupeaux.»

Accroissement naturel compromis

Quant à la pertinence biologique de ces nouveaux tirs, elle est vivement critiquée. «Autoriser le tir de 40 loups, ce qui correspond à l’accroissement naturel annuel de l’espèce, c’est autoriser à faire régresser l’espèce, dénonce Jean-David Abel. C’est un contingentement de l’espèce qui ne s’assume pas, et c’est normal puisque la Commission européenne [en exigeant que les dérogations ne nuisent pas au maintien de l’état de conservation favorable de l’espèce, ndrl], ne l’autorise pas.»

 



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