«4 pour 1.000», à la croisée de l’agriculture et du climat

Le 27 février 2017 par Romain Loury
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Restaurer les sols pour lutter contre le réchauffement
Restaurer les sols pour lutter contre le réchauffement

Lutter contre le réchauffement climatique tout en améliorant les rendements agricoles, grâce à l’enrichissement des sols en carbone: tel est l’objectif de l’initiative «4 pour 1.000», dont les premiers travaux verront le jour cette année.

C’était l’une des grandes absentes des négociations de la COP21, qui s’est déroulée en décembre 2015 à Paris. En matière de lutte contre le réchauffement, l’agriculture, à l’origine de 25% des émissions de gaz à effet de serre, demeure en effet considérée comme un poids inévitable, jamais comme une solution.

Or cette perception est en train de changer: selon des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), un enrichissement en carbone des sols agricoles et forestiers, de 0,4% par an, permettrait de contrebalancer les émissions de gaz carbonique (CO2), avec de très nets bénéfices sur les rendements.

Triple enjeu

C’est sur ce principe que repose l’initiative «4 pour 1.000» (à savoir 4‰), lancée en marge de la COP21 par le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll. L’enjeu est triple: primo, lutter contre le changement climatique par séquestration du carbone; deuxio, permettre à l’agriculture de s’adapter face au réchauffement, l’enrichissement des sols en carbone organique améliorant leur fertilité et leur résistance à l’érosion; tertio, lutter contre l’insécurité alimentaire, grâce à l’amélioration des rendements.

Pas tout à fait sur les rails, l’organisation de «4 pour 1.000» a été mieux définie lors de la COP22, qui s’est tenue en novembre 2016 à Marrakech. Elle dispose d’un forum, instance consultative regroupant plus de 220 acteurs, un consortium, organe décisionnel ouvert uniquement aux organismes à but non lucratif, ainsi qu’un conseil scientifique et technique de 14 experts internationaux.

«D’ici septembre, l’initiative devrait être dotée, via un nouveau site internet, d’une plateforme collaborative permettant l’échange de projets et de savoir-faire», prévoit son secrétaire exécutif, Paul Luu, contacté par le JDLE. De plus, le conseil scientifique travaille à la mise en place d’un référentiel, qui permettra d’évaluer si les projets cadrent bien avec la stratégie de «4 pour 1.000».

«Une courroie de transmission»

Organismes de recherche, ONG, grandes entreprises, associations de producteurs, Etats et régions… l’initiative se veut «une courroie de transmission» entre les divers acteurs impliqués dans l’agriculture et la santé des sols, explique Paul Luu.

Selon lui, «4 pour 1.000 » s’articule en deux volets: recherche, projets de terrain. Sur le premier, il s’agira par exemple de dresser une carte mondiale du potentiel de stockage de carbone par les sols. Quant au volet terrain, «4 pour 1.000» devra notamment recenser, et promouvoir, les techniques permettant ce stockage.

«Pour les pays en développement, dont l’Afrique, cela pourrait être certaines associations de cultures, l’assolement, la fertilisation animale ou l’agroforesterie», prévoit Paul Luu. Tout dépend de la nature locale des sols: «si certaines pratiques sont vertueuses à un endroit donné, rien ne prouve qu’elles le soient ailleurs», ajoute-t-il.

Un objectif très réaliste

Si le chiffre de 0,4‰ tient un peu du mantra, une récente étude menée dans 20 pays, publiée dans la revue Geoderma, prouve que l’objectif n’a rien d’illusoire. Il pourrait même, en théorie, être largement dépassé. Comme en Afrique du Sud, dont les sols ont été très appauvris par le cloisonnement des troupeaux, explique l’Institut de recherche pour le développement (IRD), partenaire de l’étude.

En permettant aux élevages de transiter de nouveau sur ces pâturages dégradés, le stock de carbone dans les sols pourrait s’accroître de 80 à 110 millions de tonnes par an, à l’échelle du pays entier. Soit une hausse annuelle de 35‰, près de neuf fois l’objectif.



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