30% de précaires énergétiques en plus

Le 03 octobre 2014 par Stéphanie Senet
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L'Observatoire estime qu'un Français sur cinq est désormais touché
L'Observatoire estime qu'un Français sur cinq est désormais touché

Installé en mars 2011, l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE) a rendu, ce 3 octobre, son premier rapport détaillé. Ce document revoit fortement à la hausse dans l’Hexagone l’état de la précarité énergétique, qui touche désormais 20% des Français.

Ce ne sont pas 8 mais 11,5 millions de personnes qui connaissent la précarité énergétique en France. Telle est la conclusion du premier rapport de l’Observatoire national de la précarité énergétique, publié ce 3 octobre à l’occasion d’un colloque.

Pour arriver à ce résultat, l’ONPE a affiné le mode de calcul, habituellement basé sur un taux d’effort énergétique (c’est-à-dire la part du budget destinée au paiement des factures d’énergie) supérieur à 10%. Historiquement ce ratio a été adopté par le gouvernement britannique, là où le terme de «fuel poverty» a vu le jour dans les années 1970. Il est aujourd’hui contesté.

En France, il représentait environ 3,8 millions de ménages en 2006[1]. «Si l’on prend vraiment au sérieux les multiples situations réelles de précarité, cet indicateur s’avère insuffisant, voire contre-productif», estime pourtant Jérôme Vignon, président de l’ONPE. Il exclut notamment les personnes ayant froid dans leur logement, et qui faute de moyens, n’allument pas le chauffage.

L’ONPE complète ainsi le taux d’effort énergétique par deux autres approches: celle des dépenses théoriques, permettant d’étudier la population dont les dépenses d’énergie sont largement inférieures aux dépenses théoriques associées à un confort standard (3,4 millions de ménages), et celle du ressenti des ménages, prenant en compte les foyers déclarant souffrir du froid dans leur logement (3,9 millions de ménages selon l’Insee). Des comparaisons géographiques montrent qu’il ne s’agit pas toujours des mêmes familles.

 

Retraités, chômeurs et salariés

C’est ce qui permet à l’Observatoire de conclure que la précarité énergétique touche au moins 11,5 millions de personnes en France.

Dans cette population, l’on trouve des retraités (catégorie la plus touchée par un taux d’effort énergétique supérieur à 10%), des chômeurs (les plus nombreux à déclarer souffrir du froid), et aussi des salariés. Preuve que la précarité énergétique touche toutes les catégories de la population.

Plus de 80% d’entre eux pourraient avoir accès au tarif social de l’électricité (tarif de première nécessité ou TPN). Pourtant, 5% seulement des ménages français en ont bénéficié en 2013.

 

Maison en zone rurale, immeuble en périphérie d’agglomération

L’étude de l’ONPE apporte aussi des informations précieuses sur les types d’habitat. Le fioul est ainsi sur-représenté dans les foyers identifiés comme précaires, surtout lorsqu’ils habitent en maison. Ces logements très énergivores sont le plus souvent étiquetés de E à G. Les logements anciens (avant 1948 et 1948-1975) sont logiquement les plus nombreux dans toutes les formes de précarité énergétique. Si les dépenses d’énergie annuelles augmentent avec la superficie, elles sont sensiblement supérieures dans une maison individuelle. Enfin, les ménages dont l’effort énergétique est le plus élevé se trouvent plutôt dans des maisons individuelles de zones rurales tandis que les personnes souffrant du froid résident plutôt dans des immeubles collectifs situés en périphérie des agglomérations.

Les causes, multiples, de la précarité énergétique sont aussi rappelées: un abonnement ou une tarification inadaptée à la consommation, des appareils énergivores, une baisse des revenus, une absence de système de chauffage, une mauvaise isolation et étanchéité du logement, des pannes d’équipement, une hausse des coûts de l’énergie…

 

«Une question de grande actualité»

Financé par l’Ademe, l’Office national de la précarité et de l’exclusion sociale (ONPES), le médiateur national de l’énergie, l’Union sociale pour l’habitat, EDF et GDF Suez, l’ONPE avait déjà clamé haut et fort que la précarité énergétique était «une question de grande actualité» pendant le débat national sur la transition énergétique.

L’étude, qui se conclut par une série de recommandations, propose de mettre en place des observatoires au niveau régional pour affiner ses résultats et cibler les actions. Elle demande aussi des tarifs sociaux adaptés, comme l’avait déjà conclu le rapport d’audit mené par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) en juillet 2013. Le chèque énergie prévu par le projet de loi sur la transition énergétique, et qui est ouvert à toutes les formes d’énergie, ne changera rien à l’aggravation de la précarité énergétique en France.

 

 

 



[1] Un chiffra basé sur la dernière enquête nationale Logement (ENL). A noter qu’une nouvelle ENL devrait sortir au plus tard début 2015.

 



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