23 mg de nitrates, en moyenne, dans les nappes phréatiques

Le 22 mai 2013 par Stéphanie Senet
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Concentration en nitrates des nappes phréatiques en France
Concentration en nitrates des nappes phréatiques en France

Avec 23 milligrammes de nitrates en moyenne par litre d’eau, les nappes phréatiques de l’Hexagone attestent d’une contamination anthropique généralisée. Ce résultat, enregistré en 2011, est en effet deux fois supérieur à la concentration existant à l’état naturel, qui ne dépasse pas les 10 mg par litre.

Selon le Commissariat général au développement durable (CGDD), qui a publié le 21 mai la note révélant ce résultat, la cause principale est connue. On doit ces taux élevés à l’épandage d’engrais chimiques ou organiques azotés ainsi qu’aux déjections animales liées à l’élevage intensif.

Autre constat immuable: emportés par les pluies hivernales, les nitrates s’enfoncent chaque année un peu plus dans les nappes. Une migration que les experts évaluent en moyenne à 1 à 2 mètres par an, mais qui varie beaucoup selon la nature du sous-sol (calcaires, sables, grès, granites, schistes, etc.). D’où le décalage entre l’usage et la pollution profonde des nappes.

Selon l’indice nitrates, mis au point par le service statistique du ministère de l’écologie (1), les nappes souterraines ont connu une hausse régulière de la teneur en nitrates entre 1996 et 2004, puis le taux s’est plus ou moins stabilisé jusqu’en 2011.

Dans le détail, l’évolution entre 1996 et 2004 montre une hausse du pourcentage de fortes teneurs (supérieures à 40 mg/l) de 7 à plus de 10%. En même temps, le pourcentage de points peu contaminés (teneur inférieure à 10 mg/l) baisse de 62% à 50%.

Au total, en 2011, les concentrations en nitrates sont élevées (entre 40 et 50 mg/l), voire très élevées (plus de 50 mg/l) dans 11% des nappes métropolitaines, fortes dans 27% des nappes (entre 25 et 40 mg/l), et inférieures à 25 mg/l dans 58% des cas (2).

De fortes disparités existent aussi selon les régions. Selon le CGDD, la situation s’avère très défavorable pour la nappe du Nord-Pas-de-Calais, de la Beauce en région Centre et des nappes bordant le sud du Massif armoricain (teneurs supérieures à 50 mg/l).

La situation est également préoccupante au nord de la Bretagne, dans le Bassin parisien, en Picardie-Artois, en région Centre et en Poitou-Charentes.

C’est d’ailleurs sur ce point que la note s’avère la plus intéressante. «Elle permet d’affiner la connaissance des pollutions aux nitrates au niveau d’un sous-bassin alors que jusqu’à présent, les informations étaient cantonnées à l’échelle d’un département», observe Florence Denier-Pasquier, vice-présidente de France Nature Environnement (FNE) et rapporteure d’un avis du Conseil économique et social sur la gestion et l’usage de l’eau en agriculture (voir JDLE).

Autre constat: le surplus azoté a tendance à régresser légèrement, en lien avec la baisse des ventes d’engrais azotés, de 5% en moyenne entre 2000 et 2010. Au total, les surplus azotés (3) ont varié de 5 à 145 kilogrammes par hectare de surface agricole utile (SAU) en 2010, avec une moyenne de 32 kg/ha. Ils atteignaient, trois ans plus tôt, jusqu’à 370 kg/ha de SAU, avec une moyenne de 36 kg/ha. Ils restent toutefois particulièrement élevés en Bretagne, au sud du Cotentin et de l’Aquitaine.

Enfin, «cette étude montre que là où des programmes ont été mis en place, c’est-à-dire là où les pratiques agricoles sont à bas niveau d’intrants, des résultats positifs sont enregistrés», analyse Florence Denier-Pasquier. «Mais il faut vite les appliquer à un échelon plus vaste, pour éviter que les teneurs en nitrates ne continuent à augmenter à grande échelle.» Pour cela, la vice-présidente de FNE ne voit d’autre solution qu’une stratégie d’ensemble déployée sur le plan national, avec des adaptations personnalisées au niveau de l’exploitation. «Des solutions existent, comme le montre le guide que nous allons publier demain en partenariat avec la Lyonnaise des eaux, pour aider les bénévoles à y voir clair sur le terrain», précise la déléguée de Maine-et-Loire. A commencer par l’initiative de Lons-le Saunier (Jura), qui a favorisé le recours à l’agriculture biologique autour de ses points de captage les plus fragilisés et créé un débouché local pour les exploitants (farine et yaourts bio dans les cantines des collèges et lycées).

(1)à partir de données des agences de l’eau, du BRGM, de Météo France, de la banque de données sur les eaux souterraines Ades et du ministère

(2)4% des nappes sont indéfinies

(3)Les surplus azotés sont le fruit de la différence entre les entrées et les sorties d’éléments fertilisants, sur une surface agricole.

 



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