2035, horizon européen de sortie des pesticides?

Le 25 novembre 2019 par Romain Loury
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Une ICE pour changer d'agriculture
Une ICE pour changer d'agriculture

Faire de l’Europe une terre sans pesticides au plus tard en 2035: telle est la demande de 70 associations, à l’origine d’une initiative citoyenne européenne (ICE) lancée lundi 25 novembre, intitulée «Sauvons les abeilles et les agriculteurs».

Enregistrée le 30 septembre, alors que la nouvelle politique agricole commune (PAC) est en cours de discussion et qu’une nouvelle Commission est en cours d’installation, l’ICE «Save Bees and Farmers» (voir encadré) demande l’interdiction progressive de tous les pesticides de synthèse au plus tard en 2035. Avec un point d’étape en 2030, où l’interdiction concernera 80% de ces substances, prioritairement les plus dangereuses.

Un million sinon rien. Mise en place en 2012 en vertu du traité de Lisbonne, l’ICE est un mécanisme permettant à des citoyens européens de proposer des changements juridiques à la Commission européenne dans n’importe quel domaine. Pour aboutir, elle doit regrouper, dans l’année suivant son enregistrement par la Commission, un million de signataires dans au moins 7 Etats membres de l’UE. Chaque pays doit en plus compter un nombre minimal de signataires, par exemple 55.500 pour la France et 72.000 pour l’Allemagne. La Commission doit alors adopter une réponse officielle, et éventuellement proposer une réponse législative.

Autre demande, «restaurer la biodiversité, principalement les écosystèmes naturels dans les zones agricoles afin que l’agriculture devienne un vecteur de redéploiement de la biodiversité». Ou encore soutenir les agriculteurs en transition, en «donnant priorité aux exploitations de petite taille, diversifiées et ayant des pratiques durables, avec une mise en place rapide des pratiques agroécologiques et biologiques».

L’ICE «Save Bees and Farmers» est soutenue par 70 associations de 17 pays. Parmi elles, Générations futures (point de contact pour la France), Justice Pesticides et l’Union nationale des apiculteurs français (Unaf), ainsi que, à Bruxelles, les Amis de la Terre Europe, le Pesticide Action Network (PAN Europe), Health and Environment Alliance (HEAL) et la Fédération internationale des mouvements de l’agriculture biologique (IFOAM).

Un «objectif ambitieux», mais réaliste

Pour le directeur de Générations Futures, François Veillerette, contacté par le JDLE, 2035 est certes «un objectif ambitieux, mais qui laisse aussi du temps», notamment pour former les agriculteurs et investir dans leur transition agroécologique. Selon ses calculs, passer au ‘100% sans pesticides’ en 15 ans exige un taux annuel de conversion bio de 6%, contre 1% actuellement.

«Le logiciel est en train de changer, le discours change aussi», rappelle François Veillerette. En témoigne le succès de l’initiative ‘Nous voulons des coquelicots’, lancé en septembre 2018 et qui demande l’interdiction de tous les pesticides de synthèse, avec près de 980.000 signatures engrangées à ce jour. «Le sujet est désormais sur la table: quelle agriculture voulons-nous en Europe?», explique-t-il. Lundi 25 novembre à 17h, soit en moins d’une journée, «Save Bees and Farmers» comptait déjà plus de 15.000 signataires.

Ce n’est pas la première fois qu’une ICE a trait aux pesticides: en juin 2017, une autre initiative, demandant l’interdiction du glyphosate, était parvenue à réunir le million de signatures en seulement cinq mois. Sans pour autant stopper la marche de l’herbicide, réautorisé pour cinq ans, la Commission a répondu en opérant une réforme de son système d’homologation afin de le rendre plus transparent, selon de nouvelles règles qui entreront en vigueur le 27 mars 2021.