2020, une année énergétique hors normes

Le 02 juin 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'aéroport de Washington reste désespérément vide.
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Malgré une baisse de la pollution carbonée, l’année en cours n’est pas forcément représentative du « monde d’après », indique le consultant spécialisé Enerdata.

A en croire l’agenda des négociations internationales, 2020 devait être l’année de la biodiversité et de la hausse des ambitions climatiques. Ces deux thématiques étant repoussées, 2020 sera l’année de la décroissance de la consommation d’énergie et des émissions carbonées associées.

Ce mardi 2 juin, les experts d’Enerdata ont rendu publiques leurs estimations économiques, énergétiques et carboniques à court terme. S’appuyant sur les projections des institutions internationales et des gouvernements, le cabinet spécialisé en prospective énergétique estime que les pays du G 20 devraient connaître une récession économique de 3% entre 2019 et 2020. A comparer aux 2,9% de croissance l'an passé.

En raison d’un arrêt presque total de l’industrie et du transport, les consommations d’énergie devraient chuter de 7,5% cette année, par rapport à 2019. Maintien au sol de l’aviation commerciale internationale oblige, l’économie d’émission de CO2 est supérieure à la baisse des consommations : -8,5%.

Bond des renouvelables

Autre facteur favorable au climat: la forte augmentation de la production éolienne et photovoltaïque. Les gestionnaires de réseaux d’électricité donnant généralement la priorité à l’électricité la moins chère et aux moyens de production les moins modulables, la proportion d’électricité d’origine éolienne et solaire a bondi de 9% à 17% en Europe, durant les 5 premiers mois de 2020.

Cette année, les énergies vertes devraient contribuer à produire pratiquement la moitié du courant allemand et plus de 40% des électrons britanniques et européens (en moyenne)[1]. En Chine, la hausse de 0,7% du productible hydroélectrique permettra aux électriciens d’injecter 28% d’électricité d’origine renouvelable, indique la commission nationale pour le développement et la réforme.

En France, estime Enerdata, le PIB devrait reculer de 7,5% cette année (Bercy annonce un recul de 11%), contre 11% pour la consommation d’énergie. Compte tenu de l’organisation de l’économie tricolore et de son système énergétique, l’économie d’émissions carbonées pourrait atteindre 13% entre 2019 et 2020: du jamais vu !

un gain facilement effaçable

Et que l’on risque de ne pas revoir de sitôt. «Un rebond des consommations et des émissions est inévitable au cours des prochaines années», confirme Pascal Charriau. Reste à savoir quelle sera son ampleur. Répondre à la question équivaut à lire dans une boule de cristal. «Les incertitudes sont de plus en plus nombreuses», concède le P-DG d’Enerdata.

Quelle seront les changements dans les habitudes de transport, les prix des produits pétroliers resteront-ils orientés à la baisse, la chute des investissements énergétique (+20%, selon les dernières projections de l’agence internationale de l’énergie) sera-t-elle durable, les entreprises occidentales relocaliseront-elles leurs chaines de valeur?

Faute de prospective, Enerdata a fait plancher l’économiste de l’énergie Patrick Criqui. S’appuyant sur les fondamentaux de l’économie et du système énergétique, le directeur de recherche émérite du laboratoire d’économie appliquée de l’université de Grenoble (Gael) propose 4 scénarios pour le monde de 2025.

Selon les capacités de redémarrage rapide des différents secteurs affectés par la crise de la Covid-19 (transport aérien, production d’électricité nucléaire, industrie lourde, etc.) l’économie repartira plus ou moins vite. Avec des conséquences énergétiques et climatiques variables.

En 2025, les pays du G20 pourraient ainsi émettre de 24 à 32 milliards de tonnes de CO2 énergétiques par an (contre 27 GtCO2 en 2020). «On voit bien que la baisse d’émission que l’on observera cette année n’aura pas d’impact significatif sur les tendances. Elle pourra être effacée rapidement», commente Pascal Charriau. Pour en être certain, il faut encore attendre la publication des prochains plans de relance nationaux et leur (in)adéquation avec le pacte vert européen. Rendez-vous après l’été.



[1] En 2019, éolien et photovoltaïque ont généré 42% du courant allemand et 35% du courant européen.