2017 : un cru maussade pour EDF

Le 16 février 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pas de démarrage de l'EPR de Flamanville avant la fin de l'année. Au mieux.
Pas de démarrage de l'EPR de Flamanville avant la fin de l'année. Au mieux.
VLDT

 

Mauvaise performance du parc nucléaire français, prix de marché réduits, consommation atone, l’électricien sauve la mise grâce à sa recapitalisation et la vente d’actifs.

Les dirigeants de l’énergéticien s’attendaient à une piètre année. 2017 ne les aura pas déçus. A 69,6 milliards d’euros, le chiffre d’affaires 2017 est en recul de 2,2% en un an. A 16,4 milliards, les bénéfices avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (Ebitda) chutent de plus de 16%. Le résultat net courant décroche, quant à lui, de plus de 30%, à 2,8 milliards.

Perte de clientèle

La diminution du chiffre d’affaires s’explique essentiellement par la baisse des prix de gros en Europe (parfois insuffisante pour rémunérer suffisamment la vente de l’électron nucléaire), la stagnation de la demande des particuliers en France, la perte de près d’un million de clients particuliers français et la baisse de la production nucléaire (-5 térawattheures) et hydraulique en France (- 5,3 TWh).

Le changement climatique commence à influer sur les résultats d’EDF. Les sécheresses ont ainsi fortement réduit la production des barrages, occasionnant un manque à gagner de plus de 260 M€ l’an passé. Autre impact: le passage des ouragans sur les Antilles, l’automne dernier: 83 M€.

L’Ebitda pâtit principalement d’une régularisation tarifaire (de 589 M€), de la baisse de la production (-504 M€), de l’Arenh[1], de la faiblesse des prix et des tarifs. A noter toutefois que le mécanisme de capacité rapporte pour sa première année d’activité près de 600 M€ à l’électricien. Autre bonne nouvelle pour l’opérateur, l’allègement de sa dette: 33 milliards, contre 37,4, l’an passé. Le fruit conjugué de l’augmentation de capital et de la cession de 49% du capital de RTE, le gestionnaire du réseau des lignes à haute tension.

L'année du rebond?

«Si 2017 a été difficile, 2018 sera l’année du rebond», veut croire Jean-Bernard Lévy, PDG du groupe. Mécaniquement, le chiffre d’affaires du groupe va croître avec l’intégration de Framatome (3,3 Md€ de chiffre d’affaires en 2017). L’ancienne branche réacteurs d’Areva dispose en outre d’un carnet de commandes de 14 Md€. Sera-ce suffisant? Rien n’est moins sûr.

 

2018 devrait être l’année du démarrage très progressif de l’EPR de Flamanville qui devrait correspondre à l’arrêt définitif des deux tranches de la centrale de Fessenheim. EDF espère pouvoir relancer sa production nucléaire. L’an passé, celle-ci a péniblement atteint les 379 TWh: très loin des 420 TWh visés pour 2017 et 2018. Henri Proglio, l’ancien PDG, visait un taux de disponibilité de 85% du parc français. Son successeur atteint péniblement les 69%.

Les décennales arrivent

Or, si l’électricien veut relancer l’atome, il devra faire vite et bien. En effet, le rythme des visites décennales des réacteurs (ce qui les immobilise 5 mois durant) va s’accélérer: de 5 en 2017 et 2018, le nombre de réacteurs audités pour pouvoir fonctionner 10 années de plus va passer à 6 ou 7 entre 2019 et 2024. De plus, c’est en 2019 que s’accélèreront les chantiers de modernisation du parc nucléaire, dans le cadre du Grand carénage. 

Les bonnes nouvelles renouvelables

Paradoxalement, ce sont les énergies renouvelables qui sont porteuses de bonnes nouvelles pour EDF. L’an passé, la capacité en énergies vertes du groupe a bondi de 23% et leur production a progressé de 5%. La filiale spécialisée, EDF EN, dispose d’un portefeuille de projets riche de plus de 22 gigawatts (GW). Des actifs qui pourront être cédés le moment venu. Mieux, EDF prépare activement le lancement de son ambitieux plan solaire: 30 GWc à mettre en service dans l’Hexagone entre 2020 et 2035. Financé à 88% par des ‘partenariats’, ce programme de 25 Md€ ne coûtera à EDF que 200 M€/an pendant 15 ans, a précisé Jean-Bernard Lévy.

 


[1] Arenh: Accès régulé à l'électricité nucléaire historique, un tarif de revente de l'électricité par EDF à ses concurrents fixé par l'Etat.

 

 



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