2016: année climatique

Le 07 novembre 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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2016, bien partie pour être l'année la plus chaude depuis l'invention du thermomètre.
2016, bien partie pour être l'année la plus chaude depuis l'invention du thermomètre.
Comlubia University

Jamais on avait vu autant d’Etats et d’acteurs non étatiques s’engager concrètement dans la lutte contre le réchauffement climatique. Retour sur une année de tous les succès.

Avec l’ouverture, ce jour à Marrakech, de la 22e conférence des parties à la convention cadre de l’ONU sur le changement climatique, se clôt une formidable année pour la lutte contre le réchauffement.

Il y a près d’un an, le premier président de la COP 21, Laurent Fabius, faisait adopter au forceps l’Accord de Paris. Pour la première fois, près de 200 pays se contraignent à publier des politiques d’atténuation (baisse des émissions de gaz à effet de serre) et d’adaptation aux conséquences des changements climatiques. Le texte, conclu le 12 décembre, les oblige aussi à régulièrement revoir leurs ambitions à la hausse. L’objectif fixé étant de stabiliser le réchauffement à 2°C entre l’ère pré-industrielle et la fin du XXIe siècle, voire à 1,5°C. Cette dernière limite étant d’ores et déjà hors d’atteinte.

Une dynamique durable

Forgée sous les tentes de la COP 21, cette nouvelle dynamique ne faiblit pas durant l’année. Le 6 octobre, 74 pays, à l’origine de plus de 58% des émissions anthropiques de gaz à effet  de serre ont déjà ratifié l’accord, qui entre formellement en vigueur le 4 novembre. Du jamais vu pour un accord international de cette ampleur. Il avait fallu plus de 7 années d’intenses négociations diplomatiques pour que le protocole de Kyoto entre en application, en février 2005.

Universel, l’accord de Paris compte quelques trous dans sa raquette. Dès sa signature, nombre d’ONG ont rappelé qu’il ne régulerait pas les activités transnationales, à l’instar de l’aviation commerciale et du fret maritime. Crédités de 5 à 6% des émissions mondiales, ces deux secteurs voient leur empreinte carbone s’alourdir chaque année : le fruit de la mondialisation des échanges.

L’aérien et le maritime

Sous la pression internationale, les agences onusiennes encadrant ces deux activités ont, elles aussi, progressé. Après des décennies d’inaction, il est vrai.  Dans les heures qui ont suivi la ratification de l’Accord de Paris, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) a accouché un mécanisme de régulation des émissions carbonées aériennes. A partir de 2021, les compagnies aériennes, émettant plus de 10.000 t de CO2/an devront participer à un marché de quotas d’émission. A cela s’ajoute une obligation faite aux constructeurs d’améliorer les performances énergétiques (et donc d’abaisser leurs émissions) de leurs futurs appareils.

La marine marchande n’est pas en reste. Le 28 octobre, l’organisation maritime internationale (OMI) s’est donné jusqu’en 2023 pour affiner sa stratégie en la matière. D’ici là, les exploitants de navires de commerce (jaugeant plus de 5.000 t) devront communiquer à l’organisme onusien leur consommation de combustibles : de quoi préciser les données du problème. Comme les avionneurs, les chantiers navals devront aussi améliorer d’un tiers la performance énergétique des navires entre 2014 et 2025.

La chasse aux HFC

Le CO2 n’est pas tout. Ouverte depuis plusieurs années par la diplomatie américaine (et Hillary Clinton) à, la chasse aux hydrofluorocarbures (HFC) vient de s’achever par un important succès. Dans la nuit du 14 au 15 octobre, les parties au protocole de Montréal (régulant les substances nocives pour la couche d’ozone stratosphériques) se sont engagés à réduire fortement production et utilisation des HFC, les pires gaz à effet de serre[1]. Selon des calculs de l’Institute for Governance and Sustainable Development, un think tank américain, l’éradication totale des HFC permettrait d’éviter le rejet dans l’atmosphère de l’équivalent de 100 milliards de tonnes de CO2 d’ici à 2050. Soit 10% de l’effort à réaliser pour stabiliser le réchauffement à 2°C.

Pour impressionnants qu’ils soient les efforts engagés par les Etats et les secteurs non régulés jusqu’alors restent insuffisants pour engager la planète sur la trajectoire des 2°C. Selon un rapport publié, le 3 novembre, par le programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), la communauté internationale doit réduire de 25% supplémentaire ses émissions de GES prévues pour 2030 pour rester dans les jalons de l’Accord de Paris.

Etats et non-étatiques

Fort heureusement, les Etats ne sont pas seuls. A leur niveau, les collectivités et les entreprises prennent une part du fardeau. Créé lors de la COP 20 de Lima, la plateforme Nazca recense ces initiatives des acteurs non-étatiques. A ce jour, plus de 5.300 villes, régions, entreprises et investisseurs ont engagé des actions visant à abattre leurs émissions. Dresser le bilan de ces milliers d’actions est quasi impossible. Mais l’on constate, parallèlement, une hausse régulière, par exemple, des investissements mondiaux en faveur des énergies renouvelables. L’an dernier 153 GWe (l’équivalent de la totalité du parc français) de capacités de production d’électricité vertes ont été mises en service dans le monde : +18% en un an. A en croire l’Agence internationale de l’énergie, il faut s’attendre à des croissances de capacité de l’ordre de 200 GWe/an dans les prochaines années.

Les entreprises réputées anti-climat change désormais leur fusil d’épaules. Les trois plus gros électriciens allemands - E.ON, RWE et Vattenfall – ont cédé leurs centrales au charbon. Dong, le pétrolier danois abandonne l’exploitation du pétrole et du gaz pour se consacrer entièrement à l’éolien. A moyen terme, le français Total prévoit de réaliser 20% de son chiffre d’affaires grâce à l’électricité et aux énergies renouvelables.

La finance désinvestit

Ce n’est sans doute qu’un début. Car, pour de plus en plus d’investisseurs institutionnels, les énergies fossiles sont désormais un secteur à risque. Leur raisonnement est simple à comprendre. Pour stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre, l’humanité doit laisser sous terre l’essentiel des réserves connues de charbon, de gaz naturel et de pétrole. Avec des conséquences évidentes pour les compagnies dont la valeur boursière est assise, précisément, sur ces réserves.  Ces derniers mois, le Forvaltningen Statens pensjonsfond (le fonds pétrolier norvégien, le plus puissant fonds souverain du monde) a commencé à se débarrasser de ces Stranded Assets. Deutsche Bank, Natixis, Crédit Agricole et Société Générale refusent désormais de financer des projets charbonniers. Ce mouvement ne fait d’ailleurs que commencer. Et il pourrait faire trembler la finance mondiale, a récemment prévenu Mark Carney, le gouverneur de la Banque d’Angleterre. Une parole qui vaut de l’or.

 



[1] Le pouvoir de réchauffement global des HFC peut atteindre 15.000 fois celui du CO2.

 



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