20 € par an et par élève pour des cantines un peu plus bio et locales

Le 03 septembre 2018 par Marine Jobert
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100 jours pour convaincre les parlementaires.
100 jours pour convaincre les parlementaires.

Votés, mais pas financés: les engagements d’introduire 50% de local, dont 20% de bio, dans les cantines scolaires ne verront jamais le jour au plan national sans un coup de pouce financier. La FNH lance une pétition pour que les parlementaires honorent leurs engagements.

50% de produits de qualité dont 20% de produits bio à l’horizon 2022. Difficilement obtenue par quelques députés déterminés, l’introduction obligatoire dans les cantines scolaires d’une alimentation sans pesticide et qui n’aurait pas parcouru des centaines de kilomètres pourrait capoter, faute de financement. Car à ce jour, aucun budget n’a été officiellement dégagé par l’Etat pour faire face aux surcoûts –incontournables quoique transitoires– de la montée en puissance de ces produits de qualité dans les assiettes. Et ça n’est pas le million d’euros mis sur la table pour les 500 projets alimentaires territoriaux (PAT) qu’ambitionne le pays en 2022, ni les efforts réels, mais disparates, des municipalités, des départements ou des régions qui vont suffire. «De nombreux projets ne voient pas le jour faute de financement suffisant pour l’animation», a constaté la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH), qui s’est mis en devoir de travailler au corps les parlementaires pour qu’ils incluent dans la loi de finances 2019 un bonus dédié, d’un montant de 20 € par an et par enfant.

A ce jour, les restaurants collectifs ne proposent que 3,6% de produits bio. Y sont servis 1,15 milliard repas par an, à 12,3 millions d’élèves (public et privé). Dans le milieu hospitalier, ce sont 3,4 millions de personnes qui prennent leurs repas chaque jour, pour un total annuel de 1,41 milliard de repas.
Formation, équipement et denrées
Attribué sur une durée transitoire de trois ans, cet argent –qui pourrait être ponctionné sur le grand plan d’investissement agricole, ou encore en mobilisant des fonds Leader – vise à financer trois postes: la formation des cuisiniers de collectivités à des produits parfois nouveaux et des acheteurs publics à l’achat local, l’achat d’équipements (type légumerie, pour traiter les végétaux frais) et l’absorption du surcoût à l’achat de ces produits de qualité. Pas d’obligation de résultat en termes de pourcentage de bio, afin d’inciter la structure «à raisonner en mode ‘projet’, en choisissant son utilisation en fonction de ses besoins réels (investissement matériel, formation, atténuation du surcoût…) et non pas dans une simple logique de subvention du bio», précise la FNH. Une logique que salue Aurélie Mazière: «Le coût denrée ne doit effectivement pas être regardé seul. Ce qui compte aussi, c’est de faire adhérer tout le monde, du cuisinier aux élus en passant par les parents d’élèves», détaille la coordinatrice du réseau Bio 44, une association de producteurs en bio de Loire-Atlantique, qui commercialise auprès de la restauration collective pour rendre la bio accessible à tous.
Dans les hôpitaux aussi
De la maternelle au lycée, tous les établissements seraient éligibles, à condition qu’ils cuisinent sur place ou dans une cuisine centrale à proximité (en régie ou concédée), et servent moins de 2.000 repas par jour. La FNH estime que ces structures de petite ou moyenne taille «bénéficient d’une certaine souplesse de fonctionnement, contrairement aux grandes cuisines centrales qui ont souvent plus de moyens matériels mais moins d’agilité». Les responsables de restaurants devront s’engager à optimiser la gestion de leur restaurant (gaspillage, fluides, etc.). Et la FNH ne compte pas s’arrêter aux établissements scolaires, puisqu’elle propose que le bonus soit mobilisable pour la restauration collective en milieu hospitalier et dans les Ehpad, qui proposent des repas 12 mois par an et 7 jours sur 7.
Une bouffée d’oxygène
20 € par an et par convive pendant trois ans, est-ce suffisant? «Le principe du bonus n’étant pas de compenser l’intégralité du surcoût lié au bio, il n’est ni nécessaire, ni souhaitable que son montant soit proportionnel au pourcentage annuel de bio réellement proposé dans chaque structure», considère la FNH, qui s’est basée sur une étude du cabinet spécialisé Agriate, –lequel a évalué le surcoût lié à l’introduction de produits bio. Soit 0,10 € par tranche de 10% de bio (toutes composantes hors protéines carnées), ce qui permettrait à une école d’une petite commune avec 100 convives qui respecterait scrupuleusement les préconisations de 20% de bio prévus par les Etats généraux de l’alimentation de toucher 2.000 €/an, pendant trois ans. «C’est une bouffée d’oxygène, qui va surtout favoriser la réflexion chez les plus réticents, commente Aurélie Mazière. Il ne faudrait pas subventionner à outrance la restauration collective, qui se retrouverait pieds et poings liés comme peut l’être l’agriculture intensive.»


Les derniers arbitrages budgétaires, résolument non favorables au financement du bio et du local, ont poussé la FNH à lancer cette pétition, relayée par des stars du show business. Elle estime le coût de ce bonus entre 160 et 300 M€ par an pour les seuls établissements scolaires.


A l’image de Leclerc, Carrefour continue de foncer vers l’Eldorado de la bio et des circuits courts. La multinationale se dote d’un comité d’orientation alimentaire composé de 7 personnalités réputées dans leur domaine. Lucie Basch, spécialiste du gaspillage alimentaire. Myriam Bouré, co-fondatrice d’une plateforme où agriculteurs, citoyens, restaurateurs, peuvent organiser des circuits courts et indépendants. Emmanuel Faber, PDG de Danone. Jean Imbert, chef. François Mandin, agriculteur en Vendée. Caroline Robert, chef de service à Gustave Roussy, cancérologue. Maxime de Rostolan, fondateur de Fermes d’avenir et de Blue Bees.
 


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