20% de la flore du Limousin est menacée de disparition

Le 04 février 2014 par Marine Jobert
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La déprise et l'intensificatin agricole ont presque eu raison de cette orchidée.
La déprise et l'intensificatin agricole ont presque eu raison de cette orchidée.
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Si vous croisez l’isoète à spores épineuses lors de votre prochaine randonnée sur le plateau de Millevaches, estimez-vous heureux. Mais ne comptez plus sur le diphasiastre à trois épis, désormais absent des zones humides qu’il affectionnait… C’est à un «fastidieux travail d’évaluation» que s’est livré, pendant deux ans, le Conservatoire botanique national (CBN) du Massif central, pour évaluer finement l’état de conservation de la flore locale. Et le résultat ne laisse pas d’inquiéter, dans une région qu’on aurait pu penser plus épargnée que d’autres par l’urbanisation, la modification et la fragmentation de l’espace naturel, la surexploitation des ressources sauvages, la pollution ou le changement climatique…

Ainsi, sur 1.496 taxons[1] (1.483 espèces et 13 sous-espèces et variétés) indigènes recensés en Limousin, 20% (soit 302 taxons, dont 293 espèces) se montrent menacés à différents degrés. Cette proportion s’élargit à 29% (soit 438 taxons, dont 427 espèces) si on ajoute les taxons quasi menacés. Or 72% menacés ou quasi menacés ne sont pas protégés réglementairement à ce jour (soit 315 taxons), constate le CBN du Massif central.Cette élaboration de la liste rouge régionale –à l’instar de celle dressée par l’Union internationale de conservation de la nature au plan mondial et de sa déclinaison nationale- a été réalisée en se basant sur quelque 850.000 observations floristiques et sur un catalogue floristique régional argumenté (indiquant notamment la rareté régionale et les critères d’indigénat). Les experts mandatés ont examiné, pour chaque plante, différents facteurs biologiques associés au risque d’extinction, comme la taille de la population de l’espèce, son taux de déclin, sa répartition géographique, sa régression, son degré de fragmentation, les menaces qui pèsent sur elles... Résultat: c’est dans les milieux agro-pastoraux (moissons, pelouses et prairies humides) et dans les milieux humides (tourbières, milieux alluviaux, lacs et étangs) que se trouvent les espèces les plus menacées (respectivement 51% et 26% des taxons concernés).

 

Les causes de ces régressions sont à rechercher dans les changements de pratiques agricoles (régression des cultures de céréales à paille pour le gaillet à trois cornes), dans l’embroussaillement et la fermeture des pelouses sèches, ainsi que dans une gestion inappropriée des talus routiers (comme pour la tolpide en ombelle), ou dans le recours à des engrais (comme pour l’arnica des montagnes).

 

Cet inventaire va permettre la surveillance de l’évolution de la biodiversité et constituer un outil de sensibilisation de l’opinion publique. Il va également servir de base pour élaborer des stratégies régionales de conservation. Notamment afin de définir des réservoirs de biodiversité dans le cadre de la mise en place des trames vertes et bleues ou des schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux. Ou encore dans le cadre de la désignation de territoires à forts enjeux floristiques (réserves naturelles régionales ou nationales, zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique, espaces naturels sensibles, etc.). Les conservatoires d’espaces naturels pourront s’y référer dans leurs politiques d’acquisition de foncier, tout comme les aménageurs lors de la production d’étude d’impact ou les élus lors de l’établissement des plans locaux d’urbanisme.

 

 



[1] On entend ici par taxon une entité correspondant à une espèce, une sous-espèce, une variété, une forme.

 

 



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