2°C, c’est (presque) foutu

Le 29 septembre 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Dès 2030, la température moyenne globale aura progressé de 1,5 °C.
Dès 2030, la température moyenne globale aura progressé de 1,5 °C.
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Voilà qui va plomber un peu l’atmosphère de la COP 22. Un mois avant l’ouverture de la conférence climatique mondiale, une demi-douzaine de scientifiques de renom publient un opuscule sur les piètres résultats de notre politique climatique.

Le thermomètre de la planète devrait avoir grimpé de 1,5°C entre l’ère préindustrielle et 2030. Pour atteindre les fameux 2°C de réchauffement dès 2050. Désastreux, ce bilan est grandement imputable à deux décennies d’inaction, écrivent l’ancien président du Giec[1], Robert Watson, et ses co-auteurs.

Tout avait pourtant bien commencé. Instruits par plusieurs décennies de recherches, aux résultats alarmants, la plupart des gouvernements de la planète concluent, en 1992, une convention onusienne sur les changements climatiques. Un peu vague, certes, le texte engage néanmoins la communauté internationale à empêcher «toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique». Sans préciser le niveau de dangerosité.

Et voilà le tiers monde

Conscients des lacunes de la convention-cadre signée lors du premier sommet de Rio, les mêmes gouvernements lui adjoignent, 5 ans plus tard, un protocole. Fruit d’intenses tractations, le texte conclu à Kyoto impose à une quarantaine de pays de réduire, en moyenne, de 5% leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 1990 et 2012. Hélas, c’est précisément à cette époque que décolle l’économie de bien des pays, jadis classés dans le tiers monde.

+ 44% en 20 ans

Et si la plupart des nations les plus industrialisées tiennent effectivement leurs engagements (à l’exception des Etats-Unis, du Canada, de l’Australie et du Japon), le fruit de leurs efforts est totalement balayé par le développement accéléré des pays en développement et émergents.

Résultat, résument Bob Watson et ses confrères, les émissions anthropiques annuelles de GES sont passées de 38 milliards à 50 milliards de tonnes éq.CO2 (Mdt éq.CO2) entre 1990 et 2010. Elles flirtent désormais avec les 55 Mdt éq.CO2.

Focalisation sur l’électricité

A qui la faute? A la communauté internationale, sans aucun doute, qui a retardé plus de deux décennies durant, l’avancée des négociations internationales. Les Etats-Unis ne sont pas exempts de tout reproche. De même, de grands émergents, comme la Chine et l’Inde, se sont assurés d’avoir atteint un niveau de développement suffisant avant d’accepter la moindre contrainte carbone. «Aujourd’hui, ces pays à revenus intermédiaires, qui abritent 70% de la population mondiale, sont à l’origine de 54% des émissions totales de GES.»

Les pays du Nord ont aussi nourri la plupart des négationnistes du réchauffement, souvent payés par des multinationales occidentales. Ces climato-sceptiques, comme on les appelle gentiment, ont introduit le doute dans l’esprit des populations, des journalistes et de nombreux politiques. Des secteurs industriels se sont coalisés, aussi, pour torpiller toute ingérence climatique dans leurs affaires.

Les entreprises résistent

Alertés de longue date par leurs propres scientifiques, les pétrogaziers ont beaucoup dénigré la science du climat. Ce qui vaut d’ailleurs au plus gros du lot, Exxon, quelques problèmes judiciaires en ce moment. Les entreprises du transport aérien et du fret maritime ont noyauté les agences onusiennes régissant leurs activités pour empêcher l’adoption de mécanismes internationaux de régulation de leurs émissions. Dans les prochains jours, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) aura mis la dernière main à un système de quotas d’émission pour les compagnies aériennes. Baptisé Corsia, ce système ambitieux n’évitera pas au secteur de voir ses émissions progresser.

La future faute aux autres

Fort heureusement, diront les plus optimistes, l’Accord de Paris est sur le point d’entrer en vigueur. Vrai. Et de façon extrêmement rapide. Premier accord universel sur le climat, le texte conclu à l’issue de la COP 21 a suscité l’enthousiasme: 189 pays ont présenté, à l’ONU, des projets de politiques climatiques. Ces contributions nationales (NDC) ont été examinées sous toutes les coutures. «La plupart de ces contributions nationales comportent des engagements sur la façon dont les pays vont s’y prendre pour réduire leurs émissions ou s’adapter au changement climatique. Mais, du fait que c’est la première fois que la plupart des pays en développement se livrent à cet exercice, 83% des engagements sont, tout ou partie, conditionnés par l’accès aux financements internationaux, au transfert de technologies et de compétences», notent les chercheurs. Donc, si ça ne marche pas comme prévu, ce sera la faute des autres!

Réduire de 22% en 15 ans

Il faudra trouver autre chose. Car les NDC restent très en deçà de l’ampleur du problème. Pour rester sur une trajectoire nous permettant de stabiliser le réchauffement sous la barre des 2°C, nous devons réduire de 22% les émissions carbonées mondiales d’ici 2030, ont récemment rappelé le Giec et le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue). Même si elles étaient toutes tenues, les promesses des NDC nous permettraient, au mieux, insistent les chercheurs, de stabiliser les émissions de GES à leur niveau actuel.

Chasser les fossiles

Pourquoi un tel ratage? Essentiellement parce que les rédacteurs de ces contributions nationales ont mal perçu les enjeux. Dans l’imaginaire des Climate Fighters, le mal vient de l’utilisation intense des énergies fossiles. Chasser le charbon, le pétrole et le gaz de notre bouquet énergétique (souvent confondu avec le bouquet électrique, d’ailleurs), c’est régler le problème. De fait, plus de la moitié des NDC se concentrent totalement sur la décarbonation du secteur électrique. Très insuffisant!

Projet de société

D’ici 2050, la population mondiale va croître de 40%. Ce boom démographique va, certes, accroître sensiblement la demande d’énergie, mais aussi d’eau potable, de nourriture et d’autres besoins vitaux. Se laisser une chance raisonnable d’atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris, c’est réformer, bien sûr, le système énergétique actuel, mais aussi les pratiques agricoles, nos habitudes de consommation, les modes de transport, etc. Des sujets jamais abordés ou presque dans les NDC.

L’Accord de Paris impose de stabiliser le réchauffement à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle, voire 1,5°C. Mais, comme le rappellent les auteurs, nous avons déjà dépassé le 1°C de réchauffement, en 2015. Et «avec les gaz à effet de serre déjà émis, on doit s’attendre à un réchauffement additionnel de 0,4°C à 0,5°C». Un réchauffement qui pourrait être atteint dès 2030.

Est-il encore possible de stabiliser le mercure mondial à 2°C? En théorie, oui, répondent les auteurs. Mais à deux conditions. Primo, organiser nos modèles de développement pour réduire à néant nos émissions nettes vers le milieu du siècle. Secundo, mettre en batteries des moyens permettant d’extraire de l’atmosphère les milliards de tonnes de GES superflues. En plantant des milliards d’hectares de forêt. Solution qui, pour écolo qu’elle soit, ne produira pas ses effets assez rapidement. D’où l’injonction de Bob Watson et ses collègues de recourir à des sortes d’aspirateurs à CO2 qui n’existent, pour le moment, que dans la tête des scientifiques.

 

 



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



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