140 ans de suivi des eaux de la Tamise

Le 19 décembre 2011 par Geneviève De Lacour
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Une fois de plus, les Anglais détiennent un étrange record. Il s’agit du plus long suivi de la qualité des eaux d’une rivière. Des chercheurs de l’université de Bristol ont décidé de collecter toutes les données existantes sur la qualité des eaux de la Tamise. Pour consulter certains des plus anciens documents, ils se sont même déplacés aux Etats-Unis.

A la fin du XIXe siècle, Londres connait plusieurs épidémies de choléra. On suspecte la mauvaise qualité des eaux de la Tamise d’être à l’origine du mal. Les autorités décident donc de lancer des campagnes de prélèvement des eaux putrides de la rivière qui reçoit les rejets des usines londoniennes. Des prélèvements qui se sont poursuivis depuis.

Les scientifiques de Bristol ont ainsi recoupé les archives provenant de 6 bases de données différentes couvrant une période allant de 1868 à 2008. La plupart étaient conservées aux archives nationales, d’autres ayant été transférées dans une collection privée à l’université de Stanford (Californie). Outre les concentrations en nitrate, ces bases de données conservent les concentrations en ammoniac, en chlore, la dureté de l’eau (calcium et magnésium), l’oxygène dissous et le carbone organique.

D’après eux, la qualité du fleuve s’est globalement améliorée. Les poissons qui avaient disparu sont revenus. Mais la pollution diffuse demeure et notamment la pollution par les nitrates. Les universitaires ont décidé de se pencher sur l’évolution des concentrations en nitrate sur une période de 140 ans.

L’Angleterre est un des plus gros consommateurs de nitrate au monde, par habitant et par surface. Naturellement d’importantes concentrations se retrouvent dans la Tamise.

Dans l’histoire de l’Angleterre, plusieurs décisions politiques expliquent les pics de consommation d’engrais. La première mesure concerne la loi de 1939 «Dig for Victory», qui obligeait les Anglais, dans un effort de guerre, à cultiver 30% des terres arables du pays.

Dans les années 1960-1970, la politique agricole commune européenne a poussé le Royaume à intensifier son agriculture et utiliser plus de produits phytosanitaire, plus d’engrais aussi.
 
Des nitrates qui ont atteint le fleuve en deux temps: pour moitié, à cause du ruissellement des eaux de surface, et pour l’autre, via les nappes souterraines beaucoup plus lentes à migrer vers leur exutoire. Ainsi, les scientifiques anglais ont constaté que lorsque les nitrates sont transportés par les eaux souterraines, le transfert peut être différé de 30 ans ou plus.
 
En effet, l’eau doit d’abord pénétrer le sol, puis elle migre dans la zone insaturée pour terminer sa course dans l’aquifère qui coule vers la rivière.
Ce qui explique pourquoi les concentrations en nitrate demeurent très élevées, même aujourd’hui, alors que des mesures importantes de réduction des rejets dans le milieu ont été mises en place il y a 15 ans.
 
Ce suivi aura permis de révéler que l’impact des changements d’usage des terres agricoles peut se faire sentir de très nombreuses années après. Ce qui signifie que les résultats des mesures prises dans les années 1990, pour réduire l’épandage de nitrates au niveau des bassins hydrologiques sensibles, ne pourront être évalués que dans 15 ans, au minimum.
 
 


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