10.000 cancers attribuables à Fukushima, vraiment?

Le 10 mars 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Et pendant ce temps-là, les travaux de décontamination continuent.
Et pendant ce temps-là, les travaux de décontamination continuent.
IRSN

Signé de deux ONG de médecins, un rapport, publié ce jeudi 10 mars, estime à près de 10.000 cas de cancer l’effet direct de l’accident de Fukushima au Japon. Une estimation contestable.

Alors que fleurissent les cerisiers, le temps du Japon est revenu dans les médias. Normal, après tout, nous célébrons le triste anniversaire de Fukushima. Une tragédie qui, avant d’être un terrible accident nucléaire, est aussi l’un des pires tremblements de terre qu’a jamais subis l’archipel; un séisme qui a par la suite généré un tsunami inédit dans les annales.

C’est malheureux, mais c’est la loi du genre: nombreux sont ceux à vouloir tirer profit de cette célébration. Deux ONG sont en passe de tirer le pompon. Les Médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (lauréate du prix Nobel de la paix) et l’association des médecins pour la responsabilité sociale viennent de publier un bilan sanitaire de la catastrophe nucléaire du 11 mars 2011.

Calculs confidentiels

Dans une note d’une quarantaine de pages, les médecins rappellent les heures tragiques vécues par les Japonais, il y a 5 ans: les 15.000 personnes emportées par le séisme et le raz de marée, les 500.000 évacués et bien sûr l’accident nucléaire qui a vu la fusion de trois réacteurs à la suite. L’histoire est désormais connue.

La nouveauté vient d’un seul chiffre: 9.600. Selon les calculs (non publiés) des deux associations, les rejets radioactifs de Fukushima seront à l’origine de 9.600 cancers, «dont environ la moitié seront fatals». Comment les auteurs parviennent-ils à une telle conclusion, inédite dans la littérature technique et scientifique? Simple.

Les rédacteurs prennent en compte, tout bonnement, la totalité de la population nippone. Ces 127 millions de personnes auraient donc été toutes contaminées (ce qui est évidemment faux) et auraient toutes reçu la même dose de rayonnement (ce qui est tout aussi absurde). En appliquant le même facteur de risque à cette formidable cohorte, on arrive tout simplement à 9.600 cancers et 4.800 morts. CQFD.

Rien avant 2016

Dans le lot, les auteurs estiment à un millier le nombre de cas de cancer de la thyroïde (qui peut effectivement être radio-induit). Ce qui demande, là encore, à être confirmé. «On l’a vu à Tchernobyl, il faut un délai d’au moins 5 ans après l’exposition pour que ce genre de cancer se déclenche», rappelle Jean-René Jourdain.

Les premiers résultats des dépistages systématiques de cancer de la thyroïde chez l’enfant ne sont d’ailleurs pas très parlants. Pour la période 2011-2014, les médecins ont trouvé 11 cas pour 100.000 enfants de la préfecture de Fukushima, contre 23 à 130 cas pour 100.000 enfants dans 4 autres préfectures dont le territoire est resté vierge de toute contamination. «On ne pourra établir de lien avec l’accident que si l’incidence annuelle du cancer de la thyroïde chez l’enfant augmente à partir de 2016», poursuit le directeur adjoint de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) chargé de la protection de l'homme.

 



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