1,5 million de Français boivent une eau du robinet non conforme

Le 26 février 2014 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
L'eau du robinet n'est pas si mauvaise. Mais à quel coût?
L'eau du robinet n'est pas si mauvaise. Mais à quel coût?

L’UFC-Que choisir a dévoilé, ce 26 février, les résultats de sa nouvelle étude sur l’eau du robinet en France. L’occasion pour l’association de consommateurs de souligner un véritable paradoxe: si la qualité progresse légèrement au robinet, l’état de la ressource s’aggrave.

 

Pour réactualiser son enquête, dont la première édition a été publiée en 2012, l’UFC-Que choisir a analysé les données concernant 35.668 communes, diffusées par le ministère de la santé entre septembre 2011 et janvier 2014. Elle s’est focalisée sur 6 critères: la qualité bactériologique, les nitrates, les pesticides, l’aluminium, le sélénium et la radioactivité. Et a fixé un seuil de tolérance de 25% au-dessus du plafond réglementaire.

 

Résultat: depuis 2012, le nombre de citoyens buvant une eau non conforme régresse légèrement. Il est passé d’1,7 million à environ 1,5 M. Si 98% des Français reçoivent une eau de très bonne qualité, les statistiques révèlent pourtant que de nombreuses pollutions persistent ou émergent.

 

Un cocktail de pesticides et de nitrates dans les zones agricoles

Sans surprise, «les pesticides continuent d’inonder les zones de cultures intensives», affirme Alain Bazot, président de l’association. On les trouve dans le bassin parisien, le Nord, la vallée du Rhône, et dans une moindre mesure dans le Sud-ouest. Les dépassements concernent 774 communes, représentant plus de 500.000 consommateurs et révèlent la présence d’atrazine ou de cocktails de pesticides multiples.

 

Des taux très élevés de nitrates ont été relevés dans 371 communes (plus de 200.000 habitants), pour l’essentiel situées dans le quart nord-est du pays. Soit les zones où les apports en azote par l’agriculture sont les plus forts, exception faite de la Bretagne, «qui à grands coups de financements et de dépollution, masque le piètre état de sa ressource en eau», note Alain Bazot.

 

Une contamination émergente au sélénium

Le sélénium représente une contamination émergente (18% des pollutions d’origine agricole). Si ce composant, présent dans les couches profondes du sol, augmente au robinet, c’est parce qu’à la source, l’eau est puisée de plus en plus profondément. Il touche 134 communes et 170.000 consommateurs. Ce qui confirme le rapport publié par l’Anses en novembre 2012, faisant état d’une non-conformité pour 2,15% des eaux destinées à la consommation humaine. Lorsqu’il est en excès (son plafond est fixé à 10 microgrammes par litre), le sélénium peut s’avérer toxique, provoquant une chute des ongles et des cheveux ainsi que des lésions cutanées.

 

Contaminations bactériennes en hausse

Si 63% des pollutions sont d’origine agricole, un tiers d’entre elles résultent d’un mauvais traitement de l’eau. Ainsi, les contaminations bactériennes (sous-dosage de chlore) ont progressé depuis 2012. Elles touchent près de 400.000 personnes. Dues à des défauts de réglage des réseaux de distribution, elles sont surtout présentes dans les zones rurales et de montagne. Des dépassements de seuil d’aluminium ont été relevés pour les mêmes raisons.

 

Enfin, la radioactivité constitue une pollution marginale, touchant moins de 0,1% de Français, pour un total de 74 communes.

 

Des fermetures de captages en cascade

«Il n’est pas admissible qu’en matière de pollution de l’eau, les pouvoirs publics laissent l’agriculture tenir salon», note à propos Alain Bazot. Le président d’UFC-Que choisir rappelle que les objectifs du Grenelle sont lettre morte. Alors que 507 captages prioritaires devaient être protégés, près de 400 captages sont au contraire fermés chaque année, principalement pour des teneurs trop élevées en nitrates et en pesticides. «Chaque fois qu’on ferme un captage, on enterre le problème», poursuit-il. Ajoutons que la facture de dépollution augmente. Elle oscille en effet entre 640 millions et 1,1 milliard d’euros par an selon le Commissariat général au développement durable (CGDD).

 

L’association demande donc une action prioritaire en faveur de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement, et une hausse des budgets que leur consacrent les Agences de l’eau. L’enveloppe actuelle ne dépasse pas 7% de leur programme 2013-2018.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus