1,5°C: objectif utopique

Le 04 décembre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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Y penser, toujours, n'en parler jamais.
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Plusieurs dizaines de gouvernements et d’associations militent en faveur d’un objectif de réchauffement limité à 1,5°C. Une demande légitime mais totalement irréaliste, nous disent la science et la technique.

Après une nouvelle nuit de négociation, deux nouveaux textes sont venus enrichir, ce vendredi 4 décembre, les mémoires des ordinateurs et les bureaux des négociateurs. Le premier est issu des travaux des deux co-présidents de l’ADP[1]. Il ne pèse que 46 pages[2]. Le second est à mettre au crédit des co-facilitateurs, chargés de trouver des textes de compromis sur la plupart des points de divergence. Leur mouture n’affiche que 38 pages. Quelle que soit la version finalement choisie, le texte sera encore remanié pour aboutir, en principe samedi 5 avant midi, au document dont se serviront les ministres, la semaine prochaine.

Pilules amères

A ceux qui doutent de la tenue d’un tel calendrier, Laurent Fabius répond par avance: «Nous aurons un texte finalisé samedi midi». Finalisé, car les vérifications juridiques, nécessaire préalable à la conclusion de l’accord, prendront elles aussi quelques jours. Conséquence: la présidence française de la COP n’entend plus négocier qu’à la marge de l’accord durant la seconde semaine du sommet du Bourget. Et pour faire avaler la pilule aux parties prenantes, le ministre des affaires étrangères a commandé à deux ambassadeurs de France et à Michael Zammit Cutajar, ancien secrétaire exécutif de la convention Climat, de porter la bonne parole.

Comme de bien entendu, nombre de problèmes restent irrésolus: en témoignent les centaines de segments de phrase entre crochets, les espaces laissés en blanc faute de texte consensuel ou les multiples options des articles du projet d’accord.

Objectif légitime

Un point mérite attention. Toutes les versions du texte proposent de fixer comme objectif, entre autres, la stabilisation du réchauffement à 1,5°C en 2100, par rapport à l’ère pré-industrielle. Cette demande semble raisonnable. Todd Stern, le chef des négociateurs US et Laurent Fabius disent comprendre le point de vue des gouvernements des pays les plus vulnérables, qui portent cette revendication. Un récent rapport du SBSTA, le groupe des conseillers scientifiques de la convention Climat, a tenté de cerner le problème.

Publiée en juin dernier, cette étude voit de nombreux avantages à abaisser de 2°C à 1,5°C le niveau maximal du thermomètre mondial: résilience accrue des écosystèmes dans les régions soumises à un fort réchauffement (zones polaires, par exemple), amélioration de la sécurité alimentaire (par rapport à un réchauffement de 2°C), allongement de la période d’adaptation pour les espèces animales et végétales. Elle souligne cependant la faible littérature scientifique sur le sujet: les chercheurs se sont focalisés sur les impacts et les moyens d’en rester aux 2°C plutôt qu’à 1,5°C. Le mode d’emploi, donné par les rédacteurs du rapport du SBSTA, est d’ailleurs succinct: on prend les mêmes technologies (énergies renouvelables, efficacité énergétique, reforestation, etc.), mais on les déploie plus vite que pour les 2°C.

Réaliste?

Est-ce réaliste? Absolument pas. Tout d’abord, parce que nous sommes à deux doigts du 1,5°C. Le 25 novembre, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) rappelait que nous avons déjà franchi le seuil du degré de réchauffement depuis le démarrage de la révolution industrielle. Par ailleurs, se limiter à 1,5°C de réchauffement, rappelaient les rédacteurs du dernier rapport du Giec[3], impose de stabiliser à 350 parties pour million (ppm) la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère. Or celle-ci flirte déjà avec les 400 ppm, rappelle l’OMM. Ensuite, le pouvoir de réchauffement des gaz à effet de serre déjà émis agira pendant encore quelques décennies, voire davantage.

Résultat: même si l’humanité (et son bétail) cessait immédiatement d’émettre la moindre molécule de GES, le climat continuerait à se réchauffer. D’autant plus qu’en cessant de brûler charbon et produits pétroliers, nous cesserions de polluer l’air avec des particules fines de soufre, dont le pouvoir refroidissant n’est plus à démontrer. L’un dans l’autre: encore quelques dixièmes de degré de réchauffement à venir. Cela s’annonce mal.

Bien sûr, des solutions techniques existent. «Lorsque l’on fait tourner les modèles climatiques pour stabiliser le réchauffement à 2°C, on y arrive le plus souvent grâce aux émissions négatives», souligne Olivier Boucher. Emissions négatives? C’est le vocable désignant les technologies réputées enlever le carbone de l’air: le captage-stockage de carbone (CSC), mais aussi le couplage biomasse-CSC à l’efficacité inconnue, voire des systèmes d’extraction du CO2 de l’air, expérimentaux et très énergivores. «Or, si l’on veut déjà stabiliser le réchauffement à 2°C, ces dispositifs devront à terme extraire une dizaine de milliards de tonnes par an de dioxyde de carbone de l’air. Pour arriver à 1,5°C, ce sera bien plus. Et aujourd’hui, rien n’indique que ce soit techniquement et économiquement possible», conclut Olivier Boucher.



[1] Créé lors de la COP 17, le groupe de travail ad hoc sur la plate-forme de Durban pour une action renforcée (ADP en jargon onusien) est un organe subsidiaire à la convention chargé de rédiger le projet de nouvel accord international. Cf. «Jargon»

[2] Soit 4 de moins que la précédente mouture.

[3] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



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